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      <p>Ils coururent. Pas comme des héros. Pas comme dans les histoires où les corps oublient la fatigue parce que l&rsquo;intrigue exige du mouvement. Ils coururent mal. Trop vite pour leurs blessures, trop lentement pour ce qu&rsquo;ils risquaient de perdre. Sélène tenait la main d&rsquo;Isolde. Ou plutôt, Isolde tenait la sienne avec une force surprenante, tremblante, presque enfantine. Ses doigts étaient froids. Sa respiration irrégulière. À chaque porte automatique, à chaque couloir trop blanc, son corps semblait hésiter entre avancer et redevenir docile. Mais elle avançait. Eden courait à gauche. Pas devant. Même maintenant. Même alors que chaque instinct en lui devait hurler de prendre Isolde, de la porter , de l&rsquo;arracher à la Maison Sainte-Isolde comme une preuve vivante. Il ne le faisait pas. Il courait à la place qu&rsquo;on lui avait donnée, et cette retenue avait quelque chose de presque plus violent que la violence elle-même. Derrière eux, Livia guidait par radio depuis la galerie.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Aile est par le couloir technique. Deux portes avant la zone logistique. Signal intermittent. Conteneur sur quai intérieur . Chargement en cours. Maëlys, plus loin, ajouta :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;ai retrouvé un bout du réseau interne. Leur système est vieux, prétentieux et très vexant. Je peux ouvrir certaines portes, pas toutes. Noé parlait en même temps, avec une concentration nerveuse :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Isolde, si tu entends une alarme plus grave, tu t&rsquo;arrêtes. D&rsquo;accord ? Pas parce que tu dois obéir . Parce que ça veut dire verrouillage de secteur . Isolde tourna la tête vers lui une fraction de seconde.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu connais la maison ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Il avala.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mais je connais les gens qui cachent des portes dans des chansons. Elle ne répondit pas. Mais elle resta avec eux. Ils passèrent devant une salle où trois patients étaient assis en rond, immobiles. L&rsquo;un d&rsquo;eux leva les yeux au passage. Un homme d&rsquo;une cinquantaine d&rsquo;années, cheveux blancs, regard trop clair . Il murmura :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Le conteneur part toujours avant le jour . Sélène s&rsquo;arrêta presque. Eden aussi. L&rsquo;homme reprit ses yeux vides. Livia cria dans l&rsquo;oreillette :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ne vous arrêtez pas. Ils continuèrent.</p>
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      <p>Au bout du couloir , une double porte blanche portait une inscription sobre : LOGISTIQUE MÉDICALE &mdash; PERSONNEL AUTORISÉ Sous l&rsquo;inscription, un lecteur de badge. Isolde tendit le badge arraché à Althéa. Sa main tremblait. Sélène posa sa main sous la sienne, sans guider le geste à sa place.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous pouvez. Isolde regarda le lecteur . Puis Eden.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si j&rsquo;ouvre, elle saura. Eden répondit doucement :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Elle sait déjà.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors pourquoi ouvrir ? Sélène regarda la porte. Derrière, quelque chose vibrait. Moteur . Hayon. Départ.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Parce que cette fois, savoir ne suffit pas à nous arrêter . Isolde passa le badge.</p>
      <p>La porte s&rsquo;ouvrit. L&rsquo;odeur les frappa. Désinfectant. Lys. Diesel. Et dessous, plus faible, presque écrasée : l&rsquo;odeur humaine de la peur enfermée.</p>
      <p>Le quai logistique de la Maison Sainte-Isolde n&rsquo;avait rien d&rsquo;un quai clandestin. C&rsquo;était pire. Il était propre. Éclairé. Marqué au sol. Avec des flèches, des zones de sécurité, des chariots métalliques, des armoires de matériel et un camion blanc reculé contre une plateforme de chargement. Sur le flanc du camion, un logo discret : Sainte-Isolde &mdash; Transfert médical privé . Le conteneur était là. Pas immense comme au port. Un module blanc, renforcé, monté sur rail, prêt à être verrouillé dans le camion. Sur son côté, presque effacé, le lys barré. Et derrière les petites ouvertures opaques, il y avait du souffle. Pas des machines. Des gens. Sélène le sut immédiatement. Son corps le sut avant sa tête.</p>
      <p>Quatre employés en uniforme blanc travaillaient autour du module. Deux hommes armés surveillaient. Un médecin vérifiait une tablette. Valère était absent. Althéa aussi. Bien sûr . Les architectes ne portent pas les cartons. Eden leva son arme. Livia, dans l&rsquo;oreillette, dit :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ne tirez pas vers le conteneur .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je sais, répondit-il. Sa voix était dangereusement calme. Sélène regarda Isolde. Elle fixait le module avec un visage blanc.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;ai déjà été dedans, murmura-t-elle. Eden se figea.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Quoi ? Isolde porta une main à sa gorge.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pas celui-là. Un autre. Peut-être. Il faisait froid. On m&rsquo;a dit que je dormais. Mais je ne dormais pas. Le médecin près du camion les vit. Pendant une seconde, personne ne bougea. Puis tout explosa. Pas en violence désordonnée. En procédures. Les employés blancs reculèrent selon des lignes prévues. Les hommes armés levèrent leurs armes. Le hayon se remit en mouvement pour verrouiller le conteneur plus vite.</p>
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      <p>Eden tira dans le mécanisme du hayon. Un tir précis. Le métal éclata, le système se bloqua à mi-hauteur . Livia surgit depuis la porte latérale avec deux hommes, tirant dans les lumières au-dessus des gardes pour les forcer à se couvrir . Noé attrapa Isolde par réflexe, puis se corrigea aussitôt.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pardon. Je... Elle ne le regarda pas.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;est bien. Deux mots. Assez pour qu&rsquo;il ne s&rsquo;effondre pas. Sélène courut vers le conteneur . Eden cria :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Sélène ! Elle répondit sans se retourner :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; À gauche, vous vous souvenez ? Il jura. Mais il la suivit à gauche.</p>
      <p>Le conteneur avait une porte latérale avec un lecteur biométrique et un clavier numérique. Pas de symbole olfactif. Pas de poésie. Un système moderne, froid, efficace. Sélène posa la main sur la poignée. Verrouillé. À l&rsquo;intérieur , quelqu&rsquo;un frappa. Une fois. Puis deux. Puis une pause. Puis une fois. Tap. Tap tap. Pause. Tap. Le rythme. Noé se tourna brusquement.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils connaissent. Eden couvrait l&rsquo;angle avec Livia. Sélène colla son oreille contre la paroi.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; On est là ! À l&rsquo;intérieur , une voix répondit. Faible. Impossible à identifier .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ne dites pas les noms. Sélène se glaça.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Quoi ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ne dites pas les noms. Ils écoutent. Le médecin près du camion tenta de fuir avec sa tablette. Maëlys, depuis l&rsquo;oreillette, cria :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; La tablette ! Prenez la tablette ! C&rsquo;est sûrement le verrou ! Noé partit avant qu&rsquo;on lui dise de ne pas le faire.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Noé ! cria Sélène. Il se jeta sur le médecin avec toute l&rsquo;élégance d&rsquo;un homme qui avait plus de panique que de technique. Ils tombèrent tous les deux contre un chariot métallique.</p>
      <p>Le médecin frappa Noé au visage. Noé encaissa, s&rsquo;accrocha à la tablette, roula sur le côté et hurla :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;ai été utile une fois, je peux recommencer ! Maëlys, dans l&rsquo;oreillette :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;est mon élève. Livia neutralisa le médecin d&rsquo;un coup bref. Noé ramena la tablette à Sélène, lèvre ouverte, sourire nerveux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je crois que je commence à détester les médecins.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Bienvenue, dit Sélène. La tablette demandait un code. TRANSFERT LYS &mdash; VALIDATION DÉPART Options : CONFIRMER SUSPENDRE PURGE Sélène sentit son estomac se fermer .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Purge ? Maëlys dit :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ne touche à rien.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je m&rsquo;en doutais.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Envoie-moi l&rsquo;écran. Sélène leva la tablette devant la caméra de son téléphone. Maëlys tapa à toute vitesse.</p>
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      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;est un système interne. Il faut une double validation. Badge directeur plus code médical. Isolde s&rsquo;approcha.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Le badge, je l&rsquo;ai.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Et le code ? demanda Eden. Isolde regarda le conteneur .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Les codes changent avec les noms.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Expliquez, dit Sélène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Quand quelqu&rsquo;un entre, ils lui donnent un nom de chambre. Pas son vrai. Un nom blanc. Le code du jour vient du nom de la personne qui ne doit pas sortir . Le conteneur respira derrière eux. Sélène comprit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Qui ne doit pas sortir aujourd&rsquo;hui ? Isolde trembla. Puis dit :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Moi. Silence. Althéa ne les avait pas seulement laissés trouver Isolde. Elle avait prévu de l&rsquo;inclure dans le transfert si elle redevenait dangereuse.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Votre nom blanc, dit Maëlys dans l&rsquo;oreillette. Il me faut votre nom blanc. Isolde recula d&rsquo;un pas.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Sélène tourna la tête vers Maëlys, même si elle n&rsquo;était pas là.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pas comme ça. Maëlys comprit immédiatement.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; D&rsquo;accord. Pardon. Isolde, ne le dites pas si vous ne voulez pas. On trouve autrement. Eden regarda Isolde. Il y avait en lui une urgence si forte qu&rsquo;elle aurait pu devenir cruauté en une seconde. Il la ravala.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous n&rsquo;avez pas à le dire. Isolde le fixa.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si je ne le dis pas, ils restent dedans. Sélène répondit :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; On cherchera une autre porte.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Il n&rsquo;y en a pas toujours. La phrase était trop calme. Trop vécue. Isolde regarda le conteneur . Des vivants derrière la paroi. Puis Althéa, qui n&rsquo;était pas là mais dont la voix semblait encore tenue dans les murs. Puis Eden.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Elle m&rsquo;appelait Blanche. Le mot tomba. Simple. Abominable. Sélène sentit la colère lui remonter dans la gorge. Pas Isolde. Pas héritière. Pas sœur . Blanche. Un nom effacé par sa propre couleur . Maëlys tapa.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Blanche ne marche pas seul. Code à six caractères. Isolde ferma les yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; B-L-4-N-C-H. Maëlys entra. La tablette vibra. CODE ACCEPTÉ. BADGE REQUIS. Isolde passa le badge. SUSPENSION DU TRANSFERT ? Sélène appuya sur suspendre. La tablette demanda : CONFIRMER PAR COMMANDE VOCALE DIRECTRICE. Tout le monde se figea. Althéa. Il fallait la voix d&rsquo;Althéa. Bien sûr . Valère avait laissé une porte. Althéa gardait la clé dans sa gorge. Eden fit un pas vers la sortie.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je vais la chercher .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non, dit Sélène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Il faut sa voix. Maëlys coupa :</p>
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      <p class="dialogue">&mdash; Ou une imitation. Le silence changea. Sélène regarda la tablette. Le protocole Auteur . Les fichiers volés. Les voix imitées. Leur arme sale. Utilisable contre eux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non, dit Eden.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si, répondit Sélène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils ont utilisé votre voix.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors on utilise la sienne. Il la regarda.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous êtes sûre ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Elle tourna la tête vers le conteneur .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mais je choisis ce que je salis. Maëlys parla vite :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;ai un échantillon d&rsquo;Althéa depuis la dette du sang. Qualité suffisante. Livia, donne-moi un canal propre vers la tablette. Eden, si vous êtes sur le point de faire un discours moral, gardez-le pour plus tard, je transpire déjà. Eden ne dit rien. Maëlys travailla.</p>
      <p>La tablette émit un son. Puis la voix d&rsquo;Althéa sortit du haut-parleur , froide, parfaite, fausse.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Suspension du transfert Lys confirmée. Le système répondit : TRANSFERT SUSPENDU. OUVERTURE MANUELLE AUTORISÉE. Le verrou du conteneur sauta.</p>
      <p>L&rsquo;air qui sortit du conteneur n&rsquo;avait rien d&rsquo;une preuve. Il était tiède. Humide. Humain. Sélène ouvrit la porte avec Eden. À l&rsquo;intérieur , des banquettes médicales alignées, des sangles, des couvertures blanches, des bouteilles d&rsquo;eau, des perfusions portatives, des casques audio suspendus au-dessus de certains sièges. Et des personnes. Huit. Non. Neuf. Assises, allongées, attachées pour certaines, libres de leurs mains pour d&rsquo;autres mais trop engourdies pour bouger . Des hommes. Des femmes. Une adolescente peut-être, ou une jeune femme très petite. Une vieille dame. Un homme au visage creusé qui fixait Sélène avec une intensité presque douloureuse. Personne ne cria. C&rsquo;était ce qui rendit la scène insupportable. Ils n&rsquo;avaient pas assez d&rsquo;espoir pour crier .</p>
      <p>Sélène entra la première. Eden resta à la porte. Encore un effort. Ne pas envahir . Ne pas devenir le sauveur dans une boîte pleine de personnes à qui on avait probablement promis le salut cent fois avant de les déplacer .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je m&rsquo;appelle Sélène, dit-elle doucement. Nous ne travaillons pas pour la Maison. La vieille dame eut un rire sec.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils disent toujours ça.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je sais.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non, vous ne savez pas.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pas assez, admit Sélène. La dame la regarda. Cette réponse, au moins, n&rsquo;était pas dans le script habituel. Sélène s&rsquo;approcha d&rsquo;une femme attachée.</p>
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      <p class="dialogue">&mdash; Je peux détacher ? La femme ne répondit pas. Ses yeux fixaient le mur . Sélène ne toucha pas.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; D&rsquo;accord. J&rsquo;attends. Eden, derrière, parla très bas :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Il faut les sortir vite. La vieille dame le regarda.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Veyr . Le mot était une crachure. Eden ne bougea pas.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous venez finir le tri ? Il encaissa.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tous les Veyr disent non avant de signer . Sélène sentit Eden se tendre. Il répondit pourtant :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors ne me croyez pas. Regardez ce qu&rsquo;on fait. La vieille dame plissa les yeux. Peut-être parce que c&rsquo;était une bonne réponse. Peut-être parce qu&rsquo;elle cherchait Irina dans son visage. Noé entra avec de l&rsquo;eau et des couvertures.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je peux aider ? Une jeune femme au fond murmura :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ne dites pas vos noms. Noé s&rsquo;arrêta. Sélène répondit :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors dites-nous comment vous voulez qu&rsquo;on vous appelle maintenant. Silence. Personne ne savait. Voilà ce que le Lys faisait. Il ne prenait pas seulement les noms. Il rendait le choix d&rsquo;en reprendre un terrifiant. Isolde entra à son tour . À sa vue, plusieurs personnes réagirent. Pas comme devant une patiente. Comme devant quelqu&rsquo;un qui avait été là avant eux. La vieille dame murmura :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Blanche. Isolde ferma les yeux. Puis les rouvrit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Sa voix trembla, mais tint.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pas aujourd&rsquo;hui. Et ce fut la première chose qui ressemblait à une libération.</p>
      <p>Ils détachèrent ceux qui acceptèrent. Pas tous. Deux refusèrent d&rsquo;être touchés. Livia respecta. Eden aussi. Noé distribua les couvertures en demandant trop souvent &ldquo;ça va ?&rdquo; jusqu&rsquo;à ce que Maëlys lui dise par oreillette d&rsquo;arrêter de poser des questions impossibles. Maëlys travaillait toujours à distance depuis la galerie, tentant d&rsquo;ouvrir les portes de sortie et de couper les commandes de purge.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mauvaise nouvelle, dit-elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Étonnant, répondit Sélène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; La suspension a déclenché une alerte supérieure. Quelqu&rsquo;un a lancé une procédure de confinement de l&rsquo;aile est. Dans quatre minutes, les portes coupe-feu descendent. Si vous êtes dedans, vous restez dedans. Eden se tourna vers Livia.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Extraction maintenant. Livia hocha la tête.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Deux groupes. Les plus mobiles par le couloir ouest. Les autres par le quai.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Le quai est exposé.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tout est exposé. Un bruit de haut-parleur retentit.</p>
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      <p>La voix d&rsquo;Althéa remplit le hangar .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Sélène, vous venez de libérer des personnes que vous ne connaissez pas, dans un établissement médical que vous ne comprenez pas, après avoir utilisé une fausse validation vocale. Vous voyez ? Il suffit d&rsquo;un peu d&rsquo;urgence pour que votre morale devienne flexible. Sélène leva les yeux vers le haut-parleur .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je vous entends sourire.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Parce que vous m&rsquo;amusez.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Parce que vous avez peur qu&rsquo;on les écoute. Un silence. Bref. Mais réel. Althéa reprit :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Certains de ces patients sont dangereux. La vieille dame dans le conteneur rit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Elle disait ça de moi quand j&rsquo;ai demandé un avocat. Sélène la regarda.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Votre nom ? La vieille dame hésita. Puis leva le menton.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Renard. Enfin... c&rsquo;est ce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas réussi à m&rsquo;enlever . Livia se figea.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Madame Renard. Chambre des cercles. Renard sourit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je dessine quand les murs écoutent. Elle tendit à Sélène un petit papier plié, sorti de sa manche.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tenez. Pour votre mère. Sélène ne comprit pas.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ma mère est morte.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je sais. Madame Renard appuya le papier dans sa main.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Les morts lisent par les vivants. Sélène glissa le papier dans sa poche sans l&rsquo;ouvrir . Pas maintenant. Un autre patient, l&rsquo;homme au visage creusé, parla :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si vous passez par le quai, ils vous tireront dessus. Eden s&rsquo;approcha.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Combien ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Trois postes. Un au pont roulant. Deux derrière le camion. Ils ne tireront pas sur le conteneur tant que nous sommes dedans. Dehors, oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous étiez garde ? demanda Livia. Il secoua la tête.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;étais juge. Silence.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Avant de signer le mauvais refus. Sélène sentit la carte s&rsquo;agrandir encore. Ce conteneur ne contenait pas seulement des victimes. Il contenait des personnes qui avaient un jour appartenu au système. Et qui avaient cessé d&rsquo;obéir au mauvais moment.</p>
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      <p>Trois minutes. Le hangar se transforma en chorégraphie fragile. Livia répartit les groupes. Noé aida Madame Renard à descendre du conteneur . Maëlys ouvrit à distance la porte ouest, mais pas entièrement : le moteur forçait, le système résistait.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je peux la maintenir trente secondes, dit-elle. Peut-être quarante si je sacrifie quelque chose de cher aux dieux du bug.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Sacrifie, répondit Livia.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;allais le faire, mais j&rsquo;aime qu&rsquo;on respecte mon art. Isolde restait près du conteneur , comme si une partie d&rsquo;elle y était encore enfermée. Eden s&rsquo;approcha.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous venez avec nous. Elle le regarda. Il se corrigea aussitôt.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si vous voulez. Isolde observa les patients, le hangar , la porte, puis le couloir d&rsquo;où venait la voix d&rsquo;Althéa.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si je pars, elle dira que j&rsquo;ai été enlevée. Sélène répondit :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si je reste, elle dira que je suis malade.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Donc elle dira quelque chose quoi que je fasse.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui. Isolde ferma les yeux. Un sourire très faible apparut.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;est presque reposant. Sélène comprit. Quand le mensonge est garanti, le choix redevient possible. Isolde prit l&rsquo;épingle de figuier et la fixa à son gilet blanc.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je pars. Eden baissa la tête. Une seconde. Pas une victoire. Une gratitude qu&rsquo;il n&rsquo;osait pas approcher . Le haut-parleur grésilla de nouveau. Althéa :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Isolde, ma chérie, vous êtes confuse. Isolde leva la tête vers le plafond.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Un mot. Plus stable qu&rsquo;avant.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je suis incomplète. Ce n&rsquo;est pas pareil. Même Livia s&rsquo;arrêta une fraction de seconde. Puis l&rsquo;alarme grave retentit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Maintenant ! cria Livia. Le premier groupe passa par la porte ouest. Madame Renard, Noé, deux patients mobiles, un homme d&rsquo;Eden. Deuxième groupe : Isolde, Sélène, Eden, Livia, le juge, la jeune femme muette. Ils atteignirent la porte au moment où le mécanisme se bloqua. Maëlys cria :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ça coince ! Je perds le contrôle ! La porte se mit à descendre. Trop vite. Eden attrapa le bord métallique pour le retenir . Impossible. Trop lourd. Livia l&rsquo;aida. Sélène poussa la jeune femme dessous. Isolde passa. Le juge aussi. Sélène se pencha pour passer , mais son poignet blessé céda. Elle glissa. La porte descendit. Eden la saisit par la taille et la lança presque de l&rsquo;autre côté. Elle roula sur le sol, douleur blanche dans les côtes.</p>
    ` },
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      <p>Eden resta de l&rsquo;autre côté. La porte tomba entre eux.</p>
      <p>Pendant une seconde, Sélène ne comprit pas. Elle était au sol. Isolde près d&rsquo;elle. Livia aussi, de ce côté. Noé plus loin dans le couloir . Maëlys hurlait dans l&rsquo;oreillette. Et Eden était derrière la porte. De l&rsquo;autre côté. Dans le hangar . Avec le conteneur , les systèmes, les hommes armés, et Althéa quelque part dans les murs. Sélène se releva trop vite.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Eden ! La voix d&rsquo;Eden répondit par l&rsquo;oreillette, grésillante.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je suis là. Trop calme. Elle détesta immédiatement ce calme.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ouvrez la porte ! Maëlys :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;essaie ! Elle est passée en verrouillage incendie inversé. Quelqu&rsquo;un a repris la main. Sélène frappa la porte du plat de la main.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Eden !</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Sélène. Sa voix. Basse. Stable. La voix qu&rsquo;il utilisait quand il savait déjà qu&rsquo;elle allait détester ce qu&rsquo;il allait dire.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Il y eut un silence. Puis :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je n&rsquo;ai rien dit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous allez le dire.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Il reste quatre personnes dans le conteneur . Elles ne peuvent pas marcher . Le système de purge est encore actif localement. Je peux le couper depuis le hangar .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Livia a votre groupe.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Isolde est avec vous.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Eden, non.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je ne choisis pas une personne contre une foule, dit-il. La phrase lui revint comme un coup. Son propre principe. Retourné. Vivant. Cruel.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ce n&rsquo;est pas pareil.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous êtes une personne.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ne faites pas ça. De l&rsquo;autre côté, un bruit de tirs. Eden respira plus fort.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je ne me sacrifie pas.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ça y ressemble beaucoup.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je coupe une purge et j&rsquo;ouvre le quai. Ensuite je sors.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous mentez ? Un silence. Trop long.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je simplifie. Sélène eut un rire presque fou.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je vous déteste.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je sais.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non, vous ne savez rien.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors dites-moi après. La phrase la transperça. Après. Il croyait assez en après pour le prononcer . Ou voulait qu&rsquo;elle y croie. Isolde s&rsquo;approcha de la porte, posa sa main sur le métal.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Eden. De l&rsquo;autre côté, silence.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ne meurs pas avant que je sache si je t&rsquo;aime encore. Le silence qui suivit fut immense. Puis Eden eut un rire. Un vrai. Petit. Brisé.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; D&rsquo;accord. La radio grésilla. Puis coupa.</p>
    ` },
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      <p>Livia ne leur laissa pas le temps de s&rsquo;effondrer .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; On avance.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non, dit Sélène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Eden est...</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Eden a choisi de gagner du temps. Si vous restez devant cette porte, vous gaspillez ce qu&rsquo;il achète. Sélène se tourna vers elle, prête à haïr chaque mot. Livia ne recula pas.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Détestez-moi en marchant. Maëlys, dans l&rsquo;oreillette, voix tremblante :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Sélène. Bouge. Je vais rouvrir un chemin vers le hangar . Mais pas si je dois aussi calculer comment te porter à distance avec ma rage. Noé apparut au bout du couloir .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; On doit sortir les autres. Il tenait Madame Renard par le bras. Son visage était couvert de sang séché, ses yeux paniqués, mais il tenait. Sélène regarda la porte. Puis Isolde. Puis les patients. Le choix était encore là. Cruel. Ancien. Mais cette fois, elle ne le laissa pas choisir la forme de sa peur .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; D&rsquo;accord. Elle se mit à marcher . Chaque pas loin de la porte lui sembla une trahison. Chaque personne qu&rsquo;elle aidait à avancer lui rappelait pourquoi elle devait continuer . Le couloir ouest déboucha sur une sortie de service donnant vers les jardins arrière. Dehors, l&rsquo;aube avait enfin commencé. Ciel gris. Herbe mouillée. Haies blanches de fleurs. Deux voitures d&rsquo;Eden attendaient, portes ouvertes.</p>
      <p>Les patients furent répartis. Pas assez de places. Jamais assez. Livia ordonna de prendre les plus fragiles d&rsquo;abord. Madame Renard refusa de monter tant que la jeune femme muette n&rsquo;était pas installée. Le juge resta debout, droit malgré son épuisement, répétant les positions des tireurs qu&rsquo;il avait vues dans le hangar . Isolde, elle, ne quittait pas la porte de service des yeux. Sélène non plus. Puis l&rsquo;aile est trembla. Une explosion sourde. Pas énorme. Interne.</p>
      <p>Toutes les têtes se tournèrent. Sélène sentit son corps se vider .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Eden. La radio resta muette.</p>
    ` },
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      <p>Maëlys arriva en courant par l&rsquo;autre sortie, ordinateur serré contre elle, cheveux en bataille, visage blanc.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ce n&rsquo;était pas la purge, dit-elle avant même qu&rsquo;on demande. C&rsquo;était le système du hayon. Quelqu&rsquo;un l&rsquo;a fait sauter manuellement.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Eden ? demanda Sélène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je ne sais pas. Elle détesta la réponse. Parce qu&rsquo;elle était honnête. Noé s&rsquo;approcha.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;y vais.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non, dirent Sélène et Maëlys ensemble. Il recula presque.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mais...</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu restes avec les patients, dit Sélène. Tu finis la tâche.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Et toi ? Elle regarda l&rsquo;aile est.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Moi, je vais chercher l&rsquo;homme qui pense encore pouvoir simplifier ses mensonges. Livia l&rsquo;attrapa par le bras.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Attendez. Sélène la fixa.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ne me dites pas non.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je vais avec vous. Un soulagement brutal la traversa.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Bien. Isolde s&rsquo;approcha.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Moi aussi. Sélène se tourna vers elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Isolde leva le menton.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Il est resté pour ceux qui ne pouvaient pas sortir . Je sais où on cache ceux qu&rsquo;on ne peut pas déplacer . Livia regarda Isolde.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous connaissez un autre accès ? Elle hocha la tête.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pas une porte. Une ancienne galerie pour le linge sale. Maëlys eut un rire nerveux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Bien sûr . Sortie symboliquement parfaite : le linge sale. Isolde montra un bâtiment annexe.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Par là. Sélène hésita une demi-seconde. Puis hocha la tête. Elles partirent à trois : Sélène, Livia, Isolde. Maëlys resta avec Noé et les patients, les dents serrées.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu reviens, cria-t-elle. Sélène répondit sans se retourner :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je sais.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ce n&rsquo;était pas une info, c&rsquo;était un ordre ! Sélène courut.</p>
      <p>La galerie du linge sale était une trappe basse derrière une remise. Isolde l&rsquo;ouvrit avec un petit levier caché sous une grille d&rsquo;aération.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils me faisaient passer par là quand il ne fallait pas que les nouveaux me voient. Sélène n&rsquo;eut pas le temps d&rsquo;avoir mal pour elle. Pas encore. Elles rampèrent dans un couloir bas, odeur de lessive, de métal et d&rsquo;humidité. Livia devant, arme prête. Isolde au milieu. Sélène derrière. Au bout, une grille donnait sur le hangar . La fumée remplissait l&rsquo;air . Le conteneur était ouvert. Les quatre patients restants n&rsquo;étaient plus dedans. Et Eden était à genoux près du quai, une main appuyée contre son flanc. Du sang entre ses doigts.</p>
    ` },
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      <p>Sélène oublia presque tout le reste. Presque.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Eden ! Il leva la tête. Le soulagement qui passa sur son visage fut si bref qu&rsquo;elle aurait pu croire l&rsquo;avoir inventé.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous deviez sortir .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Et vous deviez ne pas simplifier .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Touché. Sa voix était faible. Trop faible. Livia couvrit l&rsquo;entrée du hangar pendant qu&rsquo;Isolde allait vers les patients couchés derrière un chariot renversé. Trois respiraient. Le quatrième gémissait. Eden avait réussi à les sortir du conteneur et à les placer derrière une protection avant de faire sauter le système du hayon. Sélène s&rsquo;agenouilla devant lui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Montrez.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ce n&rsquo;est rien.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mauvaise phrase. Elle attrapa sa veste et écarta sa main. Plaie au flanc. Pas une balle propre. Un éclat métallique. Profond, mais pas forcément mortel. Elle ne savait pas. Elle n&rsquo;était pas médecin. Elle détesta cette limite.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Livia !</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je vois, répondit Livia. Compression. Maintenant. Sélène pressa la plaie avec le tissu qu&rsquo;on lui donna. Eden inspira entre ses dents.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Désolé, dit-elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Permission rétroactive accordée. Elle eut un rire tremblant qui ressemblait trop à un sanglot.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Taisez-vous.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; D&rsquo;accord. Il ne se tut pas vraiment.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Les quatre sont sortis.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je sais.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Le système de purge est détruit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je sais.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Althéa a fui. Là, Sélène leva les yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Quoi ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Avec Valère. Bien sûr . Toujours.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Direction ? demanda Livia. Eden toussa.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Sous-sol nord. Elle a pris quelque chose dans le conteneur avant de partir . Isolde se retourna.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Quoi ? Eden ferma les yeux une seconde.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Un dossier rouge. Isolde pâlit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Sélène la regarda.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est ? Isolde porta une main à sa bouche.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Les noms d&rsquo;avant.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Les noms des patients ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pas seulement. Elle tremblait.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Les noms des enfants. Un silence terrifiant. Maëlys entra dans le hangar avec Noé et deux hommes, arrivée par le quai désormais ouvert.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Les enfants ? répéta Maëlys. Isolde regarda le conteneur vide.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Le Lys n&rsquo;a pas commencé avec nous. Et il n&rsquo;a jamais arrêté. Sélène sentit la pièce blanche, le port, Karol House, le figuier , tout se relier . Althéa avait fui avec la liste des enfants effacés. Le cœur du système. Eden tenta de se relever . Sélène l&rsquo;appuya plus fort au sol.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Elle ne doit pas...</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous ne bougez pas.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p class="dialogue">&mdash; Sélène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Lys. Le mot le coupa. Même blessé. Même maintenant. Il resta. Sélène se tourna vers Livia.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Extraction médicale pour lui et les patients. Maintenant. Puis vers Maëlys.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Althéa a le dossier rouge. Valère est avec elle. Il faut les retrouver avant qu&rsquo;ils disparaissent avec les noms. Maëlys hocha la tête, déjà au travail. Noé regarda Sélène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Et toi ? Elle regarda Eden, sa main pleine de sang contre son flanc. Puis Isolde, debout dans la fumée, encore vivante, encore incomplète. Puis le conteneur ouvert. La cargaison blanche venait d&rsquo;être arrachée à la route. Mais le vrai registre, lui, fuyait.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Moi, dit-elle, je finis ce chapitre.</p>
      <p>Ils sortirent du hangar par le quai. Cette fois, le conteneur ne partit pas. Il resta là, ouvert, inutile, obscène dans sa blancheur abîmée. Les patients furent portés, aidés, soutenus. Certains refusaient encore de dire un nom. D&rsquo;autres murmuraient des fragments. Madame Renard répétait que les cercles n&rsquo;étaient jamais fermés quand on savait où regarder . Le juge, assis dans l&rsquo;herbe avec une couverture, donnait à Livia les noms de trois magistrats liés aux transferts. Noé notait. Bien. Mal. Mais il notait. Maëlys coordonnait la chute des systèmes restants avec une rage méthodique. Isolde resta près d&rsquo;Eden pendant qu&rsquo;on bandait son flanc. Pas contre lui. Pas dans ses bras. À côté. Comme si elle essayait, elle aussi, d&rsquo;apprendre cette géographie-là. À gauche. Pas dedans. Pas effacée. Sélène s&rsquo;éloigna de quelques mètres et ouvrit enfin le papier que Madame Renard lui avait donné. Petit. Plié quatre fois. Écriture de Claire. Une seule phrase : Si tu sauves les vivants, ne laisse pas les morts décider qui doit payer. Sélène relut. La phrase était une main sur sa nuque. Pas douce. Nécessaire. Derrière elle, Eden dit :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous avez pleuré ? Elle se retourna. Il était assis contre la voiture, pâle, bandé, insupportablement vivant.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous avez perdu du sang, donc je vais ignorer votre manque de tact.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Généreux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Exceptionnellement. Il baissa les yeux vers le papier .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Claire ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Que dit-elle ? Sélène hésita. Puis lui tendit. Il lut. Longtemps. Puis il ferma les yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Elle vous connaissait.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Elle me prévenait.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Les deux. Elle récupéra le papier . Les deux vérités. Toujours. Livia arriva, téléphone en main.</p>
    ` },
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      <p class="dialogue">&mdash; On a retrouvé la trace d&rsquo;Althéa. Tout le monde se tendit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Elle n&rsquo;est pas partie loin. Un véhicule a quitté le domaine par une route privée vers le nord. Valère avec elle. Mais ils ont abandonné un signal volontairement.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Un piège, dit Eden.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Où ? demanda Sélène. Livia la regarda.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ashfall. Le mot revint comme une boucle. La maison première. La gueule. Le décor . Le lieu où tout avait commencé à se montrer . Maëlys leva les yeux de son ordinateur .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils retournent à Ashfall avec les noms des enfants ? Livia hocha la tête.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Et un message vidéo vient d&rsquo;être envoyé à tous les contacts récupérés sur le faux site Lysfall. Sélène sentit son sang se glacer .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Montrez. La vidéo s&rsquo;ouvrit. Althéa, dans la salle principale d&rsquo;Ashfall. Derrière elle, Valère. Sur la table noire, le dossier rouge. Althéa regardait la caméra comme si elle s&rsquo;adressait à un public qu&rsquo;elle possédait déjà.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ce soir , dit-elle, Sélène Moreau a ouvert les portes sans comprendre que certaines personnes sont enfermées pour protéger le monde d&rsquo;elles-mêmes. Puisqu&rsquo;elle aime tant les histoires, je vais lui offrir la fin qu&rsquo;elle mérite : un choix public. Elle posa la main sur le dossier rouge.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Les noms des enfants contre Eden Veyr . Ashfall. Avant minuit. La vidéo coupa.</p>
      <p>Personne ne parla. Eden voulut se lever . Sélène le regarda.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Sélène...</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous êtes blessé. Et elle vient littéralement de demander votre corps comme monnaie. Donc vous allez faire quelque chose de révolutionnaire pour un Veyr . Il la fixa.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Quoi ? Elle se tourna vers Ashfall au loin, invisible derrière les arbres, mais présent comme une ombre dans toutes leurs vies.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous allez laisser une femme écrire la scène finale. Le jour se levait sur la Maison Sainte-Isolde. Le conteneur était ouvert. Les vivants respiraient. Les noms des enfants étaient en fuite. Et Ashfall attendait son prix.</p>
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