// pages-ch17.jsx

const CH17_PAGES = [
  { kind: "body", html: `
      <p>La première voiture resta moteur allumé. Puis une deuxième s&rsquo;arrêta derrière. Puis une troisième. Les phares blancs traversèrent les rideaux de Maëlys et découpèrent l&rsquo;appartement en bandes pâles. La cuisine, le canapé, la table basse, les mugs dépareillés, le plaid jaune affreux : tout devint soudain suspect, comme si le monde ordinaire n&rsquo;avait été qu&rsquo;un décor fragile attendant qu&rsquo;on l&rsquo;éclaire du mauvais côté. Maëlys, encore à moitié endormie, resta immobile dans l&rsquo;encadrement de sa chambre.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Qu&rsquo;est-ce qui se passe ? demanda-t-elle. Personne ne répondit tout de suite. Parce que la réponse était trop simple. Ils étaient venus. Le refuge avait été validé. Figuier retourné. Baies réclamait maintenant l&rsquo;entrée. Sélène regarda la fenêtre sans bouger . Derrière les rideaux, des silhouettes sortirent des voitures. Pas en courant. Pas en panique. Méthodiques. Trois hommes, puis deux femmes, puis un autre homme avec une mallette claire. Pas des tueurs envoyés dans la nuit pour faire du bruit. Des professionnels venus produire une version officielle. Eden se plaça près de la porte d&rsquo;entrée, arme basse. Livia fit signe à Noé de couper les lumières. L&rsquo;appartement sombra dans la pénombre, seulement traversé par les phares de la rue.</p>
      <p>Noé murmura :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils savent qu&rsquo;on est là ? Maëlys répondit :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non, ils ont juste décidé de garer trois voitures blanches devant chez moi pour admirer mon architecture. Sa voix tremblait un peu. Elle s&rsquo;en rendit compte. Sélène aussi. Alors Maëlys ajouta, plus sèche :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je veux une vraie arme. Livia, depuis le couloir intérieur où elle vérifiait l&rsquo;accès, répondit sans la regarder :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je suis visée depuis deux chapitres, je pense avoir gagné un minimum de progression d&rsquo;équipement.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous aurez une bombe lacrymogène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Décevant, mais mieux qu&rsquo;un couteau à beurre. Eden leva une main. Silence. En bas, une portière claqua. Puis une voix d&rsquo;homme, amplifiée par un haut-parleur discret :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Madame Ardent ? Nous sommes mandatés pour une évacuation médicale préventive. Ouvrez la porte, s&rsquo;il vous plaît. Maëlys cligna des yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pardon ? Sélène sentit la rage remonter comme une chose froide. Évacuation médicale. Préventive. Déjà, le récit se fabriquait. Une amie instable. Une autrice en crise. Un entourage dangereux. Des médecins propres venus éviter un drame. Le Lys ne frappait jamais seulement à la porte. Il arrivait avec des papiers.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p>La voix reprit :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Nous savons que Mademoiselle Moreau est à l&rsquo;intérieur . Nous venons éviter une escalade. Eden murmura :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils veulent qu&rsquo;on réagisse depuis la fenêtre ou la porte.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Donc on ne leur donne rien, dit Sélène. Livia revint du couloir .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Escalier principal surveillé. Sortie arrière possible par balcon de service, mais pas discrète. Toit accessible par cage technique, deux étages au-dessus. Ascenseur bloqué au rez-de-chaussée. Noé avala.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; On fait quoi ? Sélène regarda les phares. Elle aurait dû dire : on fuit. Ou : on se cache. Ou : Eden, faites votre monde violent pendant que je respire dans un coin. Elle dit :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; On les laisse entrer dans le mauvais appartement. Tout le monde se tourna vers elle. Maëlys leva lentement la main.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;adore l&rsquo;idée parce qu&rsquo;elle n&rsquo;a aucun sens. Développe avant que je panique avec créativité. Sélène regarda Livia.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Il y a des voisins ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Deuxième étage vide à gauche, appartement en rénovation. Même plan que celui-ci, accès par cage secondaire.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Parfait. Eden comprit avant les autres.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous voulez déplacer le refuge.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non, dit Sélène. Je veux leur faire croire qu&rsquo;ils l&rsquo;ont trouvé trop tard.</p>
      <p>Maëlys possédait plus de désordre que de meubles. Pour une fois, cela devint utile. En moins de quatre minutes, ils transformèrent l&rsquo;appartement en trace récente : plaid jeté sur le canapé, tasse de thé encore chaude, ordinateur ouvert sur la table, téléphone de Maëlys posé près d&rsquo;un coussin, vieux sweat de Sélène laissé sur une chaise, pansement ensanglanté dans la salle de bain. Pas trop. Juste assez. Un départ précipité. Un refuge abandonné de quelques minutes. Livia plaça un petit brouilleur derrière la télévision pour simuler une activité numérique résiduelle. Maëlys connecta un ancien téléphone à son compte secondaire et le laissa diffuser une boucle silencieuse.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si je me fais voler mon deuxième compte par une secte médicale, je vous facture mon identité numérique, dit-elle. Noé tenait le sac de preuves contre lui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je fais quoi ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu respires, répondit Maëlys.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ça, je le fais mal.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je sais, mais tu progresses. Sélène prit l&rsquo;ordinateur principal de Maëlys. Maëlys protesta aussitôt :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Doucement avec mon bébé, il a vu plus de choses que mon psy imaginaire.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p class="dialogue">&mdash; Tu n&rsquo;as pas de psy.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; D&rsquo;où &ldquo;imaginaire&rdquo;. Suis un peu. Eden resta près de la porte, écoutant les pas qui montaient dans la cage d&rsquo;escalier .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils montent, dit-il. Livia ouvrit la fenêtre de cuisine qui donnait sur un petit balcon de service relié à une échelle métallique. Dehors, la pluie fine rendait tout glissant.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; On passe maintenant. Maëlys regarda l&rsquo;échelle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je retire ce que j&rsquo;ai dit. Je veux finalement une mort littéraire, pas une chute de locataire.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu passes après moi, dit Sélène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pardon ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je connais ton niveau sportif.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Attaque gratuite mais fondée. Noé sortit le premier avec le sac, guidé par Livia. Maëlys suivit, insultant à voix basse la pluie, le métal, ses chaussettes et &ldquo;tous les hommes qui ont rendu cette nuit verticalement dangereuse&rdquo;. Sélène posa un pied sur le balcon. Le froid lui mordit les chevilles. Eden était derrière elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Puis-je ? demanda-t-il. Elle sut ce qu&rsquo;il voulait dire sans se retourner . L&rsquo;aider à passer . La tenir si elle glissait. Pas décider pour elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui. Avant-bras seulement. Sa main se posa sur son avant-bras. Ferme. Brève. Elle franchit le seuil.</p>
      <p>Dans l&rsquo;appartement, quelqu&rsquo;un frappa à la porte. Trois coups. Polis. Horribles.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Madame Ardent ? Maëlys, déjà sur l&rsquo;échelle, murmura :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils font même peur en vouvoiement. Livia fit signe de descendre vers le balcon inférieur , puis de passer par une fenêtre déjà forcée vers l&rsquo;appartement en rénovation. Derrière eux, la porte de Maëlys céda. Pas explosée. Déverrouillée proprement.</p>
      <p>Sélène s&rsquo;arrêta malgré elle. Son appartement refuge venait d&rsquo;être violé. Maëlys aussi s&rsquo;arrêta.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ne regarde pas, murmura Sélène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;est chez moi.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Justement. Maëlys serra la mâchoire. Puis descendit.</p>
      <p>L&rsquo;appartement voisin sentait la peinture fraîche, la poussière et le plâtre humide. Aucun meuble. Des bâches au sol. Des prises sorties des murs. Des outils abandonnés dans un coin. Un refuge sans mémoire. C&rsquo;était presque reposant. Ils entrèrent en silence. Livia referma la fenêtre derrière eux. Eden resta près du mur mitoyen, oreille tendue. De l&rsquo;autre côté, les voix des hommes résonnaient dans l&rsquo;appartement de Maëlys.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Cuisine claire.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Chambre claire.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Salle de bain. Traces de sang.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Appareil actif sur table. Une femme répondit :</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p class="dialogue">&mdash; Trop propre. Elles viennent de partir . Maëlys ferma les yeux. Sélène posa une main sur son épaule.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils n&rsquo;ont pas eu toi.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils ont eu chez moi. La phrase était simple. Et juste. Sélène ne répondit pas &ldquo;ce n&rsquo;est qu&rsquo;un appartement&rdquo;. Elle avait appris. Un lieu n&rsquo;est jamais seulement un lieu quand il contient la version de soi qu&rsquo;on arrivait encore à croire ordinaire. De l&rsquo;autre côté, la femme reprit :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Trouvez l&rsquo;accès arrière. Eden murmura :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils vont comprendre le balcon. Livia regarda le plan sur sa tablette.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; On a deux minutes. Peut-être moins.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Où ? demanda Noé.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Toit, répondit Livia. Ou cave. Maëlys ouvrit les yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pardon, mais chaque fois qu&rsquo;on descend, il y a soit une salle blanche, soit un tunnel, soit un sociopathe élégant. Je vote toit. Sélène regarda la porte de l&rsquo;appartement vide.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Toit. Eden acquiesça. Ils traversèrent le couloir de l&rsquo;appartement en rénovation vers une porte intérieure donnant sur la cage secondaire. Livia ouvrit avec un outil fin.</p>
      <p>La cage secondaire était étroite, non éclairée, avec une odeur de ciment et de vieux bois. Ils montèrent. Noé haletait. Maëlys aussi, mais elle aurait préféré mourir que l&rsquo;admettre. Au-dessus, une trappe menait au toit. Livia grimpa la première. Puis Noé. Puis Maëlys. Sélène posa une main sur l&rsquo;échelle. Son poignet blessé protesta. Eden le vit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je peux vous aider .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je sais.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;était une demande, pas une annonce. Elle le regarda. Même dans une cage d&rsquo;escalier humide, poursuivie par des agents médicaux clandestins, son corps trouva moyen de réagir à sa voix. Insupportable. Vivant.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui, dit-elle. Taille. Pas plus. Il posa ses mains à sa taille, juste le temps de la stabiliser pendant qu&rsquo;elle montait. Elle sentit la retenue dans ses doigts. Pas de scène. Pas de désir ouvert. Un soutien précis. Elle passa la trappe. Le toit l&rsquo;accueillit avec la pluie et les phares blancs en contrebas.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p>Le toit de l&rsquo;immeuble était plat, couvert de gravier , d&rsquo;antennes et de conduits de ventilation. La ville autour semblait trop calme pour ce qui se passait. Des fenêtres éclairées. Une enseigne de pharmacie au coin de la rue. Un bus de nuit qui passa lentement sans savoir qu&rsquo;un réseau clandestin tentait d&rsquo;effacer une autrice sur un toit mouillé à quelques mètres au-dessus du quotidien. Sélène s&rsquo;approcha du bord. En bas, les voitures blanches occupaient la rue comme une phrase officielle. Deux hommes surveillaient l&rsquo;entrée principale. Une femme parlait au téléphone près du capot. Un autre regardait vers les balcons. Trop tard. Ils avaient compris.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils vont monter , dit Noé.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui, répondit Livia. Maëlys regarda autour d&rsquo;elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Il y a un plan où on ne saute pas entre les immeubles comme des gens dans une série nulle ? Eden désigna le bâtiment voisin.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Passerelle technique. Tous regardèrent. Entre leur toit et celui d&rsquo;en face, une passerelle métallique étroite reliait deux blocs d&rsquo;immeubles. Pas prévue pour des gens en fuite. Prévue pour des ouvriers qui avaient une meilleure assurance-vie qu&rsquo;eux. Maëlys devint très pâle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je retire ma question. Je ne voulais pas vraiment un plan. Sélène regarda la passerelle. Pluie. Métal. Vide en dessous. Son corps protesta immédiatement. Pas une peur romantique. Une peur bête, physique, ancienne. La chute. Toujours la chute. Ashfall. Lysfall. La voiture. La route. La page. Tomber était devenu leur langue à tous. Eden s&rsquo;approcha d&rsquo;elle. Pas trop.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous pouvez rester au centre, dit-il. Ne regardez pas en bas. Main sur le garde-corps. Trois pas, pause. Trois pas, pause.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous avez déjà fait ça ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Évidemment. Vous collectionnez les compétences inquiétantes.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous, les situations qui les rendent utiles. Elle aurait presque souri. Puis un bruit retentit derrière eux. La trappe. Quelqu&rsquo;un montait.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p>Livia leva son arme.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Passez. Maintenant. Noé traversa le premier , tremblant mais rapide. Maëlys suivit après avoir murmuré :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si je meurs sur une passerelle, je hante tout le monde en Arial 12. Sélène posa la main sur le garde-corps. Le métal était glacé. Elle fit un pas. Puis un deuxième. La passerelle vibra.</p>
      <p>Au troisième, son pied glissa. Eden la rattrapa par l&rsquo;arrière de son manteau. Pas à la taille. Pas au bras. Le tissu. Elle reprit appui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Permission rétroactive ? demanda-t-il.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Accordée. Mais votre timing reste prétentieux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Noté. Derrière eux, la trappe s&rsquo;ouvrit. Une voix féminine cria :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Stop ! Pas Éliane. Pas Delcourt. Une nouvelle voix. Combien étaient-elles ? Sélène continua. Trois pas. Pause. Trois pas. Pause. Jusqu&rsquo;à l&rsquo;autre toit.</p>
      <p>Ils atteignirent le toit voisin au moment où les agents débouchaient derrière eux. Livia tira dans le système d&rsquo;attache de la passerelle. Pas pour la détruire entièrement. Pour la bloquer en travers. La structure gémit, se déplaça de quelques centimètres, assez pour rendre le passage instable.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ça les retiendra ? demanda Noé.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pas longtemps, répondit Livia.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;adore votre optimisme constant. Ils descendirent par une cage technique du bâtiment voisin. Cette fois, ils ne tombèrent pas sur une salle blanche, un tunnel ou un médecin des morts. Seulement une buanderie collective. Machines à laver . Paniers vides. Odeur de lessive et d&rsquo;humidité. Maëlys s&rsquo;arrêta net.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je pourrais pleurer devant cette normalité. Sélène aussi. Presque. Ils sortirent par un local poubelle donnant sur une ruelle arrière. Une voiture les attendait déjà. Pas une voiture noire. Une vieille Renault grise. Au volant : un homme d&rsquo;Eden, visiblement vexé de devoir conduire quelque chose d&rsquo;aussi peu dramatique. Maëlys regarda le véhicule.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Enfin une voiture de criminel avec un budget réaliste. Ils montèrent.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p>Sélène se retrouva à l&rsquo;arrière, coincée entre Maëlys et Eden. Noé devant avec Livia. La voiture démarra sans phares pendant vingt mètres, puis tourna dans une ruelle et s&rsquo;éloigna. En bas de l&rsquo;immeuble, les voitures blanches restèrent visibles quelques secondes dans le rétroviseur . Puis disparurent. Personne ne parla. Pas parce que tout était fini. Parce que tout le monde savait que cette fuite n&rsquo;était pas une victoire. Juste un déplacement. Encore. Toujours. Sélène regarda ses mains. Elles tremblaient. Pas beaucoup. Assez. Eden le vit. Il ne toucha pas. Il posa seulement sa main sur son propre genou, paume ouverte, à quelques centimètres d&rsquo;elle. Une proposition. Pas une prise. Sélène la regarda. Elle aurait pu refuser . Elle aurait peut-être dû, encore fâchée pour Ashfall, pour les micros, pour tout ce que son monde avait rendu possible. Elle posa deux doigts dans sa paume. Pas la main entière. Deux doigts. Un contact minuscule. Suffisant.</p>
      <p>Maëlys vit. Ne dit rien. Grand miracle. Puis son téléphone vibra. Elle regarda l&rsquo;écran.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oh non. Sélène retira immédiatement ses doigts.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Quoi ? Maëlys tourna le téléphone vers elle. Un live venait de s&rsquo;ouvrir . Compte anonyme. Titre : ASHFALL &mdash; THE REAL REFUGE Image tremblante. L&rsquo;appartement de Maëlys. Filmé de l&rsquo;intérieur . Les agents blancs fouillaient encore. Puis la caméra se tourna vers le miroir de l&rsquo;entrée, où quelqu&rsquo;un avait écrit au rouge : ELLE FUIT TOUJOURS CE QU&rsquo;ELLE APPELLE SIEN. Sélène sentit Maëlys se figer à côté d&rsquo;elle. Ce n&rsquo;était plus seulement chez elle. C&rsquo;était public. Ils venaient de transformer son refuge en contenu.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Coupe ça, dit Sélène. Maëlys ne bougea pas. Son visage était blanc. Pas de colère visible. Pas encore. Quelque chose de pire. Une honte qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas choisie. Sélène prit doucement le téléphone de sa main et coupa le live.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Maëlys.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils filment chez moi.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je sais.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mes livres. Mes mugs. Mon plaid moche. Tout.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je sais.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Les gens vont voir .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; On va faire couper . Maëlys eut un rire très bas. Pas drôle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu entends comme ça sonne ? &ldquo;On va faire couper .&rdquo; Comme si c&rsquo;était juste un lien. Ils ont pris chez moi et ils l&rsquo;ont mis dehors. Sélène ne répondit pas. Parce qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de phrase propre pour ça. Eden parla au conducteur :</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p class="dialogue">&mdash; Changez d&rsquo;itinéraire. Livia, faites tomber le live. Tous les miroirs.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Déjà dessus, dit Livia depuis l&rsquo;avant. Mais il rebondit. Noé se retourna vers Maëlys.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je suis désolé. Elle le regarda avec des yeux brillants.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si tu t&rsquo;excuses pour une chose que tu n&rsquo;as pas faite, je te jette du véhicule.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; D&rsquo;accord.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu peux plutôt m&rsquo;aider à retrouver qui diffuse. Noé cligna des yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Moi ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu as été utile une fois. Ne fais pas ton modeste, c&rsquo;est suspect. Il hocha la tête.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui. D&rsquo;accord. Maëlys récupéra son ordinateur dans son sac, les mains encore tremblantes mais déjà en train de travailler .</p>
      <p>Sélène la regarda. Voilà ce que le système faisait. Il transformait la blessure en tâche urgente. L&rsquo;humiliation en travail. Le refuge violé en problème technique. Elle détesta tout. Eden se pencha vers elle, voix basse :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Où allons-nous ? Elle rit sans joie.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;est une vraie question ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous n&rsquo;avez pas déjà trois bunkers, deux hôtels et un appartement secret où emmener les femmes traumatisées ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Très rassurant.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Aucun ne sera neutre. Elle le regarda. Il avait raison. Ashfall était compromis. Karol House aussi. L&rsquo;appartement de Maëlys venait d&rsquo;être profané en direct. La boutique de Sélène contenait une porte. La Fondation Lenoir était un tombeau blanc. Le port, une guerre. Où va-t-on quand chaque refuge devient une entrée ? Noé, depuis l&rsquo;avant, murmura :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Le figuier . Sélène tourna la tête.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Quoi ? Il avait le regard fixé devant lui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Dans la cassette d&rsquo;Irina. Claire devait aller au figuier . Papa savait. Tu te souviens ? &ldquo;Si elle sort de là, prends Sélène et va au figuier .&rdquo; Sélène sentit son cœur ralentir . Le figuier . Pas le code. Le vrai ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Il y avait un endroit ? demanda Eden. Noé ferma les yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Peut-être. Je croyais que c&rsquo;était une image. Mais papa parlait parfois d&rsquo;une maison. Une vieille maison avec un figuier dans la cour . Maman disait qu&rsquo;elle sentait la poussière et l&rsquo;été. Sélène sentit un souvenir bouger . Pas un souvenir complet. Une chaleur . Une cour . Des feuilles larges. Une femme qui riait. Sa mère ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Où ? demanda-t-elle. Noé ouvrit les yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je ne sais pas. Maëlys leva un doigt sans quitter son écran.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Attends. &ldquo;Maison figuier Claire Adrien Moreau&rdquo;. J&rsquo;ai peut-être vu un vieux scan dans les fichiers Lenoir . Un acte de propriété annexe. Livia passa une main sur sa tablette.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p class="dialogue">&mdash; Je cherche. Quelques secondes. Puis :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Trouvé. Propriété rurale au nom de Claire Moreau, non déclarée dans les successions classiques. Commune de Saint-Aubin-le-Vieux. Maison fermée depuis quinze ans. Sélène ne respira plus. Sa mère avait un refuge. Un vrai. Ou un autre piège. Les deux pouvaient être vrais. Eden regarda la route.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;est à quarante minutes. Maëlys ferma violemment son ordinateur .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors on va voir si le figuier est moins nul que tous vos autres symboles.</p>
      <p>La ville disparut derrière eux. Les rues devinrent des routes. Les routes devinrent plus étroites. Les lampadaires se raréfièrent. La pluie finit par n&rsquo;être qu&rsquo;un voile, presque de la brume. L&rsquo;aube n&rsquo;était pas encore là, mais la nuit changeait de couleur . Moins noire. Plus grise. Un entre-deux où les fantômes ont l&rsquo;air fatigués eux aussi. Sélène regardait par la vitre. Saint-Aubin-le-Vieux. Le nom ne lui disait rien. Ou peut-être trop peu. Elle chercha dans sa mémoire des étés, des trajets, des odeurs de figuier . Rien de net. Seulement un fragment : sa mère en robe claire, les cheveux attachés, disant à quelqu&rsquo;un hors champ : &ldquo;Ici, elle pourra dormir .&rdquo; Elle ne savait pas si c&rsquo;était vrai. Ou si son esprit, après trop de codes, fabriquait un souvenir pour donner une forme au prochain danger . Eden était silencieux. Sa main avait retrouvé son genou, paume ouverte. Cette fois, Sélène ne la prit pas. Il ne la retira pas. Une possibilité posée entre eux. Pas plus. Maëlys travaillait avec Livia et Noé pour faire tomber le live de l&rsquo;appartement. Son visage s&rsquo;était refermé. Elle n&rsquo;avait pas pleuré. Pas encore. Sélène se demanda si Maëlys le ferait plus tard, seule, et sentit une culpabilité familière essayer d&rsquo;entrer . Elle la bloqua. Pas une dette. Pas leur langue.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Le live ? demanda-t-elle. Maëlys répondit sans lever les yeux :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tombé. Pour l&rsquo;instant. Des extraits circulent. Je les fais signaler . J&rsquo;ai aussi posté depuis mon compte : &ldquo;Oui, c&rsquo;est mon appartement. Non, je ne vous dois pas une visite guidée de mon trauma.&rdquo; Ça marche bien. Sélène eut un sourire triste.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Très toi.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;est le but. Ils ne peuvent pas imiter tout le monde en même temps. La phrase resta. Simple. Importante. Ils avaient essayé d&rsquo;imiter Sélène. Mais ils n&rsquo;avaient pas Maëlys. Pas vraiment. Pas Noé. Pas Livia. Pas Eden quand il refusait d&rsquo;être le chien qu&rsquo;ils attendaient. Le système savait profiler les individus. Pas encore ce qu&rsquo;ils devenaient quand ils se corrigeaient les uns les autres. Le conducteur ralentit.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p class="dialogue">&mdash; On approche.</p>
      <p>Une route de terre apparut entre deux haies. Au bout : une maison basse, fermée, presque mangée par le lierre. Et dans la cour , immense malgré les années, un figuier . Ses branches noires s&rsquo;étendaient dans le gris de la nuit comme des mains ouvertes. Sélène sentit quelque chose céder en elle. Pas la peur . Un verrou plus ancien.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je connais cet arbre, murmura-t-elle. Noé tourna la tête.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Moi aussi. La voiture s&rsquo;arrêta. Personne ne descendit tout de suite. Le figuier attendait. Pas comme une porte. Comme un témoin.</p>
      <p>L&rsquo;air sentait la terre froide. Et les feuilles. Pas le parfum construit du Figuier . Pas la bougie. Pas le code. Le vrai arbre. Vert sombre, bois humide, fruit absent, sève ancienne. Sélène avança dans la cour . Chaque pas semblait réveiller une image sans la rendre entière. Une balle en plastique bleue. Un verre de sirop. Les mains de Claire posées sur ses épaules. Adrien réparant une fenêtre. Noé, petit, courant avec une branche trop grande pour lui. Ils avaient été ici. Avant la route. Avant le Lys. Avant que tout devienne un système. Maëlys resta près de la voiture, regardant la maison avec méfiance.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je veux y croire, mais j&rsquo;ai développé une allergie aux refuges thématiques.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Moi aussi, dit Sélène. Eden inspecta les alentours. Livia aussi. Pas de voiture blanche. Pas de signe évident. Ce qui, désormais, ne prouvait rien. La porte d&rsquo;entrée était verrouillée par une vieille serrure. Pas électronique. Pas olfactive. Pas intelligente. Une clé simple. Sélène eut presque envie de pleurer devant cette banalité.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; On force ? demanda Livia. Noé s&rsquo;approcha du figuier .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Attends. Il passa la main le long du tronc, chercha entre deux racines épaisses. Puis sortit une petite boîte métallique rouillée. À l&rsquo;intérieur : une clé. Maëlys murmura :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Enfin une cachette normale. J&rsquo;en suis émue. Noé tendit la clé à Sélène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; À toi. Elle la prit. Le métal était froid, rugueux. Elle ouvrit la porte.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p>La maison sentait la poussière. Le bois fermé. Les draps anciens. Et, très faiblement, quelque chose de sa mère. Pas un parfum précis. Une présence. Sélène entra. La lumière de leurs lampes révéla une pièce principale simple : table en bois, chaises, cheminée, étagères, rideaux jaunis. Pas de luxe. Pas de scène. Pas de dispositif visible. Sur la table, sous une couche de poussière, un cahier . Pas caché. Posé là. Comme si Claire Moreau avait simplement quitté la pièce en pensant revenir . Sélène s&rsquo;approcha. Sur la couverture : Pour Sélène, quand elle aura cessé de demander la permission aux morts. Elle ferma les yeux. Sa mère avait toujours eu une manière très précise d&rsquo;être tendre et brutale en même temps.</p>
      <p>La première page était datée de quinze ans plus tôt. Quelques jours avant l&rsquo;accident. L&rsquo;écriture de Claire était plus nerveuse que dans les lettres, mais ferme. Si tu lis ceci, c&rsquo;est que le figuier a tenu. Ou que tu as trouvé les ruines en pensant chercher un abri. Les deux me vont. Un refuge qui ne montre jamais ses fissures devient vite une prison. Sélène s&rsquo;assit lentement. Les autres restèrent debout, sauf Maëlys qui vint se placer derrière elle, assez près pour lire si Sélène voulait, assez loin pour ne pas envahir . Sélène continua. Je ne vais pas t&rsquo;écrire une vérité propre. Ton père a eu peur. J&rsquo;ai eu peur. Irina a eu peur. Eden aura peur aussi, s&rsquo;il devient l&rsquo;homme que sa sœur espérait malgré leur mère. La peur n&rsquo;est pas l&rsquo;ennemie. Ce qu&rsquo;on signe pour la faire taire, oui. Eden ne bougea pas. Mais Sélène sentit la phrase l&rsquo;atteindre. Adrien a vendu Baies parce qu&rsquo;il croyait acheter notre fuite. Je l&rsquo;ai haï pour cela. Je l&rsquo;ai aimé quand même. Les deux sentiments m&rsquo;ont épuisée, puis sauvée, parce qu&rsquo;ils m&rsquo;ont empêchée de transformer un homme lâche en monstre simple. Les monstres simples sont trop faciles à combattre. Les lâches qui aiment font plus de dégâts. Noé baissa la tête. Sélène aussi. Si la Main Blanche trouve cette maison, elle essaiera de la transformer en preuve contre moi : &ldquo;Claire préparait une fuite&rdquo;, &ldquo;Claire cachait ses enfants&rdquo;, &ldquo;Claire était instable&rdquo;. Alors retiens ceci : fuir n&rsquo;est pas toujours un aveu de folie. Parfois, c&rsquo;est la dernière preuve qu&rsquo;une femme sait encore évaluer le danger. Maëlys murmura :</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p class="dialogue">&mdash; Ta mère était incroyable. Sélène hocha la tête. Elle ne pouvait pas parler . Elle tourna la page. Un plan était dessiné. La maison. La cour . Le figuier . Et sous la maison, une cave. Maëlys soupira.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Évidemment. Il fallait une cave. Livia se pencha.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Indiquée comment ? Sélène lut la note sous le plan. Pas une archive. Pas une porte. Une tombe pour ce qui doit rester mort. Eden dit :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; On vérifie. Sélène posa une main sur le cahier .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Tous la regardèrent. Elle reprit :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pas comme d&rsquo;habitude. Pas en courant vers le sous-sol dès qu&rsquo;un mort pointe une flèche. Elle regarda autour d&rsquo;elle. La table. La poussière. Le figuier dehors.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; On lit d&rsquo;abord. Pour une fois, personne ne contesta.</p>
      <p>Le cahier de Claire n&rsquo;était pas un mode d&rsquo;emploi. C&rsquo;était mieux. Et pire. Il parlait de choses que les preuves oublient souvent : la fatigue de surveiller les voitures dans le rétroviseur , la honte de douter de son mari, la tendresse presque insupportable pour des enfants qu&rsquo;on veut protéger sans les transformer en coffres-forts, la colère contre Irina parce qu&rsquo;elle avait raison trop tôt, l&rsquo;admiration pour elle aussi, la peur d&rsquo;Eden, alors adolescent, déjà dressé à porter une violence qui ne venait pas entièrement de lui. Puis, au milieu, une phrase soulignée. Le conteneur Lys ne contient pas des preuves. Il contient des personnes. Sélène s&rsquo;arrêta. Tout devint immobile.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Quoi ? murmura Noé. Elle relut. Le conteneur Lys ne contient pas des preuves. Il contient des personnes. Eden s&rsquo;approcha.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Continuez. Sélène tourna la page. La Main Blanche ne fait pas seulement disparaître les récits. Elle déplace les vivants dont le récit serait trop dangereux. Certains sont internés. Certains sont &ldquo;soignés&rdquo;. Certains sont envoyés ailleurs sous une autre identité. Le conteneur est une route mobile, pas une boîte. Si Althéa et Valère le cherchent, ce n&rsquo;est pas pour détruire des documents. C&rsquo;est pour récupérer ce qu&rsquo;il reste des témoins. Maëlys porta une main à sa bouche. Livia jura tout bas. Sélène sentit la maison tourner autour d&rsquo;elle. Des personnes. Le conteneur blanc marqué du Lys. Pas des archives. Des vivants. Des survivants peut-être. Des témoins. Des gens effacés avant de mourir .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Qui ? demanda Eden. Sélène continua. Je n&rsquo;ai pas la liste complète. Irina en avait une partie. Marius Lenoir en a certifié plusieurs comme instables ou inaptes. Éliane Voss coordonne les récits. Althéa sait pour au moins trois noms, dont un qu&rsquo;elle ne doit jamais retrouver. Le silence devint presque insoutenable. Eden parla le premier .</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p class="dialogue">&mdash; Si elle est vivante... Il ne termina pas. Sélène regarda le cahier de sa mère.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors le conteneur Lys n&rsquo;est pas seulement une menace. C&rsquo;est une chance.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ou un piège.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Les deux peuvent être vrais. Il ferma les yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je déteste cette phrase.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Elle est de vous.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Justement. Elle s&rsquo;approcha encore.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous voulez la chercher .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous voulez tout brûler pour la trouver .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous savez que c&rsquo;est probablement ce qu&rsquo;ils attendent.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors on va faire mieux que ça. Il la regarda.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; On ? La question n&rsquo;était pas stratégique. Elle était presque fragile. Sélène pensa aux micros, à la chambre, à la colère toujours là. Puis au cahier de Claire dans sa main. Les deux vérités.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; À gauche, dit-elle. Pas devant. Pas dedans. Mais oui. On. Eden baissa les yeux. Ses doigts se décrispèrent lentement du tronc.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Merci. Un mot simple. Il n&rsquo;essaya pas de la toucher . Elle non plus. Le figuier les abrita sans les enfermer . Pour quelques secondes, c&rsquo;était assez.</p>
      <p>Dans la cave de la maison du figuier , ils ne trouvèrent pas de tunnel. Pas de salle blanche. Pas de corps. Pas de dispositif spectaculaire. Ils trouvèrent une armoire métallique. Fermée par une clé simple. Encore. La clé était scotchée derrière une marche, exactement à l&rsquo;endroit indiqué dans le cahier de Claire. Maëlys déclara que cette maison était &ldquo;la première à comprendre l&rsquo;importance ergonomique des secrets&rdquo;. Dans l&rsquo;armoire : des vêtements d&rsquo;enfants, des photos, une radio ancienne, une carte maritime, trois enveloppes et une petite boîte en bois. La carte maritime montrait le port. Pas seulement celui des Orsini. Un trajet. Du bassin extérieur jusqu&rsquo;à un ancien embarcadère privé, plus au sud. Puis une route vers un domaine indiqué par un simple symbole : Un lys barré. Livia photographia tout.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Cette route correspond peut-être au conteneur , dit-elle. Si on croise avec les mouvements portuaires... Maëlys tapa déjà.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je cherche les hangars privés, domaines, entreprises écrans, tout ce qui pue le blanc institutionnel. Noé ouvrit une enveloppe.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Sélène. Il lui tendit une photo. Claire, Adrien, Irina. Et une jeune femme que Sélène ne connaissait pas. Même âge qu&rsquo;Irina. Même visage presque. Mais les cheveux plus sombres. Au dos : Isolde &mdash; avant le Lys. Eden prit la photo avec une lenteur presque douloureuse. Il ne dit rien. Sélène ouvrit la boîte en bois. À l&rsquo;intérieur , un médaillon. Pas celui de Claire. Un autre. Avec deux initiales gravées : I.V. Et un petit papier roulé. Sélène le déplia. Écriture de Claire. Si Isolde vit encore, elle ne répondra pas à son nom. Le Lys ne tue pas seulement la vérité autour des gens. Parfois, il tue leur nom à l&rsquo;intérieur d&rsquo;eux. Pour la ramener, ne lui dites pas qui elle était. Montrez-lui qui l&rsquo;a pleurée. Sélène leva les yeux vers Eden. Il tenait la photo comme si elle pouvait se réduire en poussière. Dans le silence de la cave, son téléphone vibra. Tout le monde se figea. Pas inconnu. Maëlys. Elle regardait son ordinateur , blême.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;ai trouvé le domaine au lys barré.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Où ? demanda Livia. Maëlys tourna l&rsquo;écran. Une propriété isolée, à une heure de route. Nom officiel : Maison Sainte-Isolde . Statut : centre privé de convalescence. Propriétaire : fondation écran liée à Marius Lenoir . Directrice actuelle : Althéa Veyr . Sélène sentit le chapitre impossible se refermer sur eux. Pas parce que la porte était fermée. Parce qu&rsquo;elle venait enfin d&rsquo;apparaître. Eden posa la photo d&rsquo;Isolde contre son cœur . Puis il regarda Sélène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; On y va. Cette fois, personne ne dit non.</p>
      <p>Dehors, sous le figuier , le jour commençait à peine. Et quelque part, dans une maison portant le nom d&rsquo;une morte vivante, le Lys attendait qu&rsquo;on se souvienne à sa place.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p class="dialogue">&mdash; Si elle est vivante... Il ne termina pas. Sélène regarda le cahier de sa mère.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors le conteneur Lys n&rsquo;est pas seulement une menace. C&rsquo;est une chance.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ou un piège.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Les deux peuvent être vrais. Il ferma les yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je déteste cette phrase.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Elle est de vous.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Justement. Elle s&rsquo;approcha encore.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous voulez la chercher .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous voulez tout brûler pour la trouver .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous savez que c&rsquo;est probablement ce qu&rsquo;ils attendent.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors on va faire mieux que ça. Il la regarda.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; On ? La question n&rsquo;était pas stratégique. Elle était presque fragile. Sélène pensa aux micros, à la chambre, à la colère toujours là. Puis au cahier de Claire dans sa main. Les deux vérités.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; À gauche, dit-elle. Pas devant. Pas dedans. Mais oui. On. Eden baissa les yeux. Ses doigts se décrispèrent lentement du tronc.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Merci. Un mot simple. Il n&rsquo;essaya pas de la toucher . Elle non plus. Le figuier les abrita sans les enfermer . Pour quelques secondes, c&rsquo;était assez.</p>
      <p>Dans la cave de la maison du figuier , ils ne trouvèrent pas de tunnel. Pas de salle blanche. Pas de corps. Pas de dispositif spectaculaire. Ils trouvèrent une armoire métallique. Fermée par une clé simple. Encore. La clé était scotchée derrière une marche, exactement à l&rsquo;endroit indiqué dans le cahier de Claire. Maëlys déclara que cette maison était &ldquo;la première à comprendre l&rsquo;importance ergonomique des secrets&rdquo;. Dans l&rsquo;armoire : des vêtements d&rsquo;enfants, des photos, une radio ancienne, une carte maritime, trois enveloppes et une petite boîte en bois. La carte maritime montrait le port. Pas seulement celui des Orsini. Un trajet. Du bassin extérieur jusqu&rsquo;à un ancien embarcadère privé, plus au sud. Puis une route vers un domaine indiqué par un simple symbole : Un lys barré. Livia photographia tout.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Cette route correspond peut-être au conteneur , dit-elle. Si on croise avec les mouvements portuaires... Maëlys tapa déjà.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je cherche les hangars privés, domaines, entreprises écrans, tout ce qui pue le blanc institutionnel. Noé ouvrit une enveloppe.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Sélène. Il lui tendit une photo. Claire, Adrien, Irina. Et une jeune femme que Sélène ne connaissait pas. Même âge qu&rsquo;Irina. Même visage presque. Mais les cheveux plus sombres. Au dos : Isolde &mdash; avant le Lys. Eden prit la photo avec une lenteur presque douloureuse. Il ne dit rien. Sélène ouvrit la boîte en bois. À l&rsquo;intérieur , un médaillon. Pas celui de Claire. Un autre. Avec deux initiales gravées : I.V. Et un petit papier roulé. Sélène le déplia. Écriture de Claire. Si Isolde vit encore, elle ne répondra pas à son nom. Le Lys ne tue pas seulement la vérité autour des gens. Parfois, il tue leur nom à l&rsquo;intérieur d&rsquo;eux. Pour la ramener, ne lui dites pas qui elle était. Montrez-lui qui l&rsquo;a pleurée. Sélène leva les yeux vers Eden. Il tenait la photo comme si elle pouvait se réduire en poussière. Dans le silence de la cave, son téléphone vibra. Tout le monde se figea. Pas inconnu. Maëlys. Elle regardait son ordinateur , blême.</p>
    ` },
  { kind: "endcard", ch: { n: 17, name: "Les phares blancs" } },
];
window.CH17_PAGES = CH17_PAGES;
