// pages-ch16.jsx

const CH16_PAGES = [
  { kind: "body", html: `
      <p>Sélène eut un haut-le-cœur . Le style était presque bon. Presque. Trop chargé aux bons endroits. Trop propre dans les métaphores. Trop conscient des codes qu&rsquo;elle utilisait avec son public : la porte, la bougie, le masque, la cruauté, le rendez-vous, le &ldquo;vous n&rsquo;êtes pas prêtes&rdquo;. Mais quelque chose manquait. La honte. La vraie. Le texte savait imiter la tension. Pas la blessure. Maëlys lut à voix haute, dégoûtée :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; &ldquo;Sélène comprit enfin que certaines vérités devaient rester dans les chambres qui les avaient vues naître. Elle choisit de fermer Ashfall pour protéger celles qui l&rsquo;aimaient.&rdquo; Elle s&rsquo;arrêta.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oh, les bâtards. Sélène fixa l&rsquo;écran.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils allaient faire de mon retrait un acte noble.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Et de ton silence un cadeau à ton public, dit Eden. Sa voix était froide. Cette fois, la colère n&rsquo;était pas un piège. Elle était correcte. Sélène ouvrit un autre fichier . ASHFALL_FIN_ALTERNATIVE.docx Première phrase : Il n&rsquo;y eut pas de guerre. Seulement une femme assez lucide pour choisir la paix au lieu de la vérité. Sélène éclata de rire. Un rire si sec que Maëlys la regarda avec inquiétude.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils ne me connaissent vraiment pas. Eden, lui, ne riait pas.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Valère vous connaît mieux que ça.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Donc ce n&rsquo;est pas Valère seul.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Sélène regarda la liste des dossiers. RÉACTIONS PUBLIC . Elle l&rsquo;ouvrit. Des captures. Commentaires. Profils. Segments. Lectrices fidèles. Comptes qui paient vite. Comptes qui doutent. Comptes qui défendent Sélène agressivement. Comptes à retourner . Comptes à séduire avec l&rsquo;idée d&rsquo;un &ldquo;vrai fichier interdit&rdquo;. Maëlys posa une main sur sa bouche.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils ont étudié ta communauté. Sélène sentit la rage devenir silencieuse.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Elle ferma le dossier .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils ont étudié comment la trahir .</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p>Eden voulut dire quelque chose. Sélène le vit avant qu&rsquo;il parle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Il s&rsquo;arrêta.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je n&rsquo;ai rien dit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous allez dire que je devrais m&rsquo;éloigner de Karol House, que ça devient trop personnel, que la meilleure stratégie est de les laisser croire à une retraite temporaire pendant que vous réglez ça en sous-sol. Maëlys leva un sourcil.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;était très précis. Et probablement exact. Eden ne nia pas.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous avez été enlevée il y a moins de deux heures.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils ont votre voix, votre style, votre public.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils ont écrit votre silence à votre place.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors je ne vous demande pas de fuir . Je vous demande de ne pas leur offrir votre épuisement comme matériau supplémentaire. La phrase l&rsquo;arrêta. Pas parce qu&rsquo;elle était dure. Parce qu&rsquo;elle était juste. Maëlys regarda Eden avec surprise.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Bon. Je déteste quand vous avez raison, mais là il marque un point. Sélène serra la mâchoire. Elle était fatiguée. Pas seulement physiquement. Elle était fatiguée jusqu&rsquo;au nom. Fatiguée de devoir transformer chaque blessure en indice, chaque peur en stratégie, chaque contact en négociation, chaque silence en preuve. Fatiguée d&rsquo;être l&rsquo;autrice d&rsquo;une guerre que d&rsquo;autres avaient commencée avant sa naissance.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je ne vais pas écrire maintenant, dit-elle. Eden sembla surpris. Maëlys aussi. Sélène ferma l&rsquo;ordinateur .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;est ce qu&rsquo;ils attendent. Que je réponde vite. Que j&rsquo;écrive contre eux sous l&rsquo;effet de la rage. Que je crée exactement le texte qu&rsquo;ils pourront analyser , imiter , anticiper . Eden l&rsquo;observa.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors quoi ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors je vais faire ce qu&rsquo;ils ne savent pas imiter .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Dormir ? proposa Maëlys avec espoir .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Presque. Sélène prit son téléphone.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je vais parler à mes lectrices sans leur raconter la guerre. Maëlys fronça les sourcils.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu veux poster ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Maintenant ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui. Eden se tendit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Sélène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pas une preuve. Pas une accusation. Pas un chapitre. Juste une phrase que personne ne peut transformer en retrait. Elle écrivit. ASHFALL is mine. If another voice opens the door before I do, burn the key. Maëlys lut.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Court. Clair . Très toi. Un peu menaçant. J&rsquo;approuve. Eden demanda :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Et si ça les pousse à accélérer ? Sélène le regarda.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils accélèrent déjà. Elle publia.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p>Le message partit. Pas une déclaration de guerre. Pas encore. Un ancrage. Une manière de planter un couteau dans le sol et de dire : ici, la voix est encore à moi.</p>
      <p>Les réponses arrivèrent immédiatement. We know. Only your voice. Burn the fake key. ASHFALL IS YOURS. No one enters before you. Sélène lut jusqu&rsquo;à ce que ses yeux piquent. Puis elle posa le téléphone, parce qu&rsquo;elle sentait qu&rsquo;une minute de plus la ferait pleurer et qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas envie de pleurer devant Eden, Maëlys, ou même elle-même. Maëlys, évidemment, vit tout.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu as le droit, tu sais.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; De quoi ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; D&rsquo;être touchée. Pas stratégiquement. Humainement. Par des gens qui te croient. Sélène regarda ses mains. Son poignet bandé. Le rouge sous ses ongles. Elle ne répondit pas. Eden se dirigea vers la porte.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je vais voir Livia.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous fuyez ? demanda Maëlys.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui. Elle cligna des yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Au moins, c&rsquo;est honnête. Il regarda Sélène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je reviens. Pas une question. Pas un ordre. Une information offerte avant de sortir . Sélène hocha la tête. Il sortit. Porte ouverte. Toujours. Le silence qui suivit fut plus doux. Pas sûr . Mais plus doux. Maëlys s&rsquo;assit en face d&rsquo;elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je vais te dire un truc et tu ne vas pas aimer .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Super introduction.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu n&rsquo;es pas obligée de transformer Karol House en champ de bataille permanent pour prouver que tu n&rsquo;as pas perdu. Sélène ferma les yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je sais.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Tu comprends intellectuellement. Ton corps, lui, est encore debout dans la salle blanche avec une arme sur la tempe. La phrase fit mal. Directement. Proprement.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je n&rsquo;ai pas le temps d&rsquo;avoir peur .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Bien sûr que si. Tu n&rsquo;as juste pas envie de voir ce qui arrive si tu t&rsquo;arrêtes. Sélène ouvrit les yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Et toi ? Maëlys eut un petit sourire triste.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Moi, j&rsquo;ai peur depuis l&rsquo;appartement. Je suis juste extrêmement productive en état de panique. Sélène rit doucement. Puis le rire mourut.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je suis désolée.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Maëlys.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non, répéta-t-elle. Ne fais pas ça. Ne transforme pas leur choix de me viser en dette entre nous. C&rsquo;est exactement leur langue. Sélène sentit la phrase s&rsquo;installer . Encore une bonne phrase. Elle commençait à détester les bonnes phrases. Maëlys prit sa main.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu ne me dois pas une survie parfaite. Tu me dois juste de ne pas me mentir quand tu vas mal. Le silence trembla. Sélène murmura :</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p class="dialogue">&mdash; Je vais mal. Maëlys serra sa main.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Voilà. Ça, ils ne savent pas l&rsquo;imiter .</p>
      <p>Eden trouva Livia dans la régie, entourée d&rsquo;écrans, de câbles et de cafés froids. Elle ne leva pas les yeux quand il entra.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si vous venez me dire que vous voulez déplacer Sélène à Ashfall, je vous conseille de formuler ça très loin de ses oreilles et encore plus loin des miennes.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je viens demander si le sous-sol est entièrement nettoyé.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Combien de temps ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pour nettoyer un enlèvement préparé par une cellule clandestine sous un lancement littéraire piraté ? Donnez-moi entre une heure et le reste de ma vie. Eden s&rsquo;appuya contre le mur . Il avait mal à la joue où Sélène l&rsquo;avait giflé plus tôt, dans la salle d&rsquo;Ashfall. Étrangement, la douleur le rassurait encore. Un point d&rsquo;ancrage. Un rappel. Elle l&rsquo;avait ramené avant qu&rsquo;il devienne utile à sa mère. Livia lui tendit une tablette.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; On a trouvé quelque chose dans les fichiers Auteur .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Quoi ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Le modèle qui imite Sélène n&rsquo;a pas été entraîné seulement sur ses écrits publics et ses brouillons volés. Eden prit la tablette.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Sur quoi d&rsquo;autre ? Livia hésita.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Des transcriptions de conversations privées. Son sang devint froid.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Depuis où ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Certaines viennent de son téléphone. D&rsquo;autres d&rsquo;Ashfall. D&rsquo;autres... Elle changea d&rsquo;écran. Des fichiers audio. ATELIER_MOREAU_ARCHIVE BOUTIQUE_MICRO_PASSIF CHAMBRE_SANS_SERRURE_01 Eden ne bougea plus. Chambre sans serrure. La chambre qu&rsquo;il avait donnée à Sélène. La chambre qu&rsquo;il avait juré sans caméra intérieure. Il entendit sa propre voix avant même d&rsquo;ouvrir le fichier . Pas possible. Ou plutôt : possible, puisque le monde était décidément conçu pour que ses bonnes intentions arrivent toujours après une porte cachée. Livia parla plus bas.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je ne pense pas que ça vienne de votre système officiel.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mais ça vient de mon bâtiment.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui. Eden ferma les yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Elle va croire que je l&rsquo;ai enregistrée.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Peut-être.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Elle devrait. Livia l&rsquo;observa.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ce n&rsquo;est pas le moment de vous condamner par avance.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ce n&rsquo;est pas une condamnation. C&rsquo;est une conséquence. Il ouvrit le premier extrait. Sélène, dans la chambre. Sa voix. Fatiguée. Seule. Elle appelait Maëlys. Puis un silence. Puis elle disait, presque inaudible :</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p class="dialogue">&mdash; Je ne sais plus si j&rsquo;ai peur de lui ou de ce que je ressens quand il s&rsquo;arrête. Eden coupa l&rsquo;audio.</p>
      <p>La pièce sembla trop petite. Livia ne dit rien. Bon choix. Il posa la tablette.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je dois lui dire.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Maintenant ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si vous attendez, quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre le fera comme une arme. Évidemment. Toujours. Les vérités qu&rsquo;on retarde se transforment en poignards dans les mains des autres. Eden reprit la tablette.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Où est la source ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ancien circuit dormant. Installé avant votre réforme. Réactivé à distance pendant la soirée Roses, probablement par Valère ou Althéa. Peut-être les deux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Supprimez tout.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Il la regarda. Livia soutint son regard.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Copies sécurisées comme preuves. Pas consultables. Pas exploitables. Mais si vous supprimez, ils diront que vous cachez. Eden eut envie de casser quelque chose. Il ne le fit pas. Apprendre à ouvrir une porte sans la défoncer . Pathétique. Nécessaire.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Verrouillez.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Déjà fait. Il prit la tablette et retourna vers la salle de lecture. Chaque pas avait le goût d&rsquo;une faute qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas commise mais dont il portait malgré tout la maison.</p>
      <p>Sélène sut avant qu&rsquo;Eden parle. Son visage avait changé. Pas fermé comme quand il préparait une guerre. Ouvert au mauvais endroit. Coupable. Maëlys le vit aussi.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oh non, dit-elle. Je déteste cette tête. C&rsquo;est la tête &ldquo;nouveau trauma administratif&rdquo;. Eden posa la tablette sur la table.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous devez voir quelque chose. Sélène regarda l&rsquo;écran. La liste des fichiers audio. CHAMBRE_SANS_SERRURE_01 Le nom entra dans elle comme une pierre. Elle ne toucha pas la tablette.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est ? Eden répondit immédiatement. Pas de détour .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Des enregistrements. De votre chambre à Ashfall. D&rsquo;autres lieux aussi. Boutique. Atelier . Probablement anciens. Certains récents. Maëlys se leva d&rsquo;un bond.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pardon ? Sélène ne bougea pas. Elle regardait seulement Eden.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous m&rsquo;aviez dit aucune caméra.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Aucune caméra officielle. Aucun micro actif que je connaissais.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mauvaise précision.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous saviez ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je veux vous croire. Il encaissa la phrase. Elle n&rsquo;était pas un cadeau. C&rsquo;était une accusation avec une porte entrouverte.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous devriez vérifier avant, dit-il. Maëlys le fixa.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;est probablement la chose la plus saine que vous ayez dite, et je déteste que ça arrive maintenant. Sélène prit enfin la tablette. Elle ne lança pas l&rsquo;audio. Pas tout de suite. Rien que les titres suffisaient. CHAMBRE_SANS_SERRURE_01 CHAMBRE_SANS_SERRURE_02 ATELIER_ASHFALL_TUBEREUSE COULOIR_APRES_ROSES Son corps se souvint. Le couloir après Roses. Sa demande. Ses limites. Le baiser . Le stop. Si cela avait été enregistré... La nausée monta. Elle posa la tablette comme si elle brûlait.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p class="dialogue">&mdash; Qui les a ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Le protocole Auteur les a utilisés, dit Eden. Livia a sécurisé les copies trouvées. Mais nous devons supposer que Valère et la Main Blanche en ont au moins une partie. Maëlys jura si violemment que même Sélène leva les yeux. Eden resta immobile.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je suis responsable.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui, dit Sélène. Le mot sortit vite. Tranchant. Il ne se défendit pas. Cela l&rsquo;énerva davantage.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ne faites pas ça.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Quoi ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ne restez pas là à prendre la faute comme si ça suffisait à réparer .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ça ne répare rien.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors dites autre chose. Eden inspira.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je vais trouver qui les a réactivés. Je vais couper chaque accès. Je vais vous donner tous les fichiers sans les consulter . Je vais faire vérifier chaque pièce par quelqu&rsquo;un qui ne dépend pas de moi. Et si vous ne voulez plus remettre les pieds à Ashfall, je ne discuterai pas. Silence. Maëlys croisa les bras.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pas mal. Encore insuffisant, mais pas mal. Sélène regardait Eden. La colère cherchait une forme simple. Elle aurait aimé pouvoir dire : c&rsquo;est vous. Le ranger avec les autres. Lui retirer la nuance. Mais il était là, devant elle, avec cette vérité laide qu&rsquo;il aurait pu cacher quelques heures de plus et qu&rsquo;il avait apportée avant qu&rsquo;elle devienne une arme contre elle. Cela ne l&rsquo;innocentait pas. Cela comptait quand même. Les deux vérités. Toujours.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je ne retourne pas à Ashfall ce soir , dit-elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; D&rsquo;accord.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je ne dors pas ici non plus.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; D&rsquo;accord.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je choisis l&rsquo;endroit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui. Elle le fixa.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Et vous ne venez pas dans la chambre. Quelque chose passa dans ses yeux. Pas de blessure revendiquée. Un recul accepté.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; D&rsquo;accord. Elle détesta que cela lui fasse mal.</p>
      <p>L&rsquo;endroit choisi par Sélène fut l&rsquo;appartement de Maëlys. Pas sécurisé selon Eden. Pas neutre selon Livia. Pas idéal selon personne. Donc parfait. Il avait été nettoyé après l&rsquo;attaque, renforcé discrètement, surveillé depuis la rue, mais il restait l&rsquo;appartement de Maëlys. Avec son canapé trop petit, ses mugs dépareillés, ses plantes qui refusaient de mourir , ses piles de livres, son plaid jaune affreux et son odeur de lessive réelle. Pas un symbole. Pas encore. Juste un endroit où Sélène avait déjà ri avant que les morts reprennent la parole. Maëlys ouvrit la porte.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Bienvenue dans mon palace non mafieux. Les règles : pas de chaussures sur le tapis, pas de menaces dans la cuisine, et si quelqu&rsquo;un utilise le mot protocole avant demain matin, je le frappe avec une poêle. Noé entra derrière Sélène.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p class="dialogue">&mdash; Je dors où ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Toi, tu dors sur le tapis moral de tes erreurs.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Donc le canapé ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ne négocie pas trop vite. Même Eden eut presque un mouvement de bouche. Il resta sur le seuil. Sélène le vit. Il ne demandait pas à entrer . Pas cette fois. Il attendait qu&rsquo;elle décide. La colère était toujours là. La fatigue aussi. Et dessous, ce lien impossible qui refusait de disparaître juste parce que le monde venait d&rsquo;ajouter une couche de trahison.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous pouvez entrer dans le salon, dit-elle. Pas plus loin.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Merci. Maëlys leva un doigt.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Salon uniquement, monsieur costume. Ma chambre vous est interdite par principe et par décoration. Eden entra. Livia resta dans le couloir avec deux hommes, après avoir inspecté l&rsquo;entrée comme si un meuble Ikea pouvait cacher une cellule clandestine.</p>
      <p>Sélène s&rsquo;assit sur une chaise de cuisine. Pas sur le canapé. Le canapé donnait trop envie de s&rsquo;effondrer . Maëlys posa devant elle une assiette de pain, fromage, fruits, n&rsquo;importe quoi.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mange.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je n&rsquo;ai pas faim.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je n&rsquo;ai pas demandé à ton trauma. Sélène prit un morceau de pain. Pour lui faire plaisir . Pour avoir une action simple. Mâcher . Avaler . Rester vivante comme une activité banale. Noé s&rsquo;assit par terre, adossé au canapé.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je suis désolé, dit-il soudain. Maëlys soupira.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pour quel chapitre exactement ? Il eut un rire faible.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tous. Sélène le regarda. Il ne cherchait pas à être absous. Pas cette fois. Juste à poser la phrase quelque part.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; On verra demain, dit-elle. Noé hocha la tête.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; D&rsquo;accord. Demain. Le mot sembla presque obscène. Comme si cette nuit pouvait accepter d&rsquo;avoir une suite.</p>
      <p>Maëlys força tout le monde à boire une tisane. Même Eden. Surtout Eden.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous avez l&rsquo;air d&rsquo;un homme qui n&rsquo;a jamais été hydraté autrement que par la vengeance, dit-elle en lui tendant une tasse.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Merci.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ce n&rsquo;était pas un compliment.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;apprends. Noé faillit s&rsquo;étouffer dans sa tasse. Sélène ne sourit pas. Mais son visage se détendit d&rsquo;un millimètre. Le silence qui suivit ne fut pas confortable. Mais il ne mordait pas. C&rsquo;était déjà beaucoup. Livia appela depuis le couloir .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Éliane Voss est transférée. Lenoir aussi. Delcourt sous garde. Les fichiers Auteur sont verrouillés. Valère et Althéa toujours introuvables. Le conteneur Lys aussi. Maëlys cria :</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;avais dit pas le mot protocole, mais j&rsquo;accepte les updates déprimantes. Livia continua :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Une autre chose. Le faux site Lysfall est revenu sous un nouveau domaine. Moins fort. Mais actif. Sélène ferma les yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Combien de téléchargements ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Difficile à dire. Beaucoup ont été bloqués. Pas tous. Maëlys se rassit devant son ordinateur .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je vais le tuer .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Le site ? demanda Noé.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Conceptuellement, oui. Elle se mit à taper .</p>
      <p>Sélène posa sa tasse.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;ils ont téléchargé ? Maëlys hésita. Mauvais signe.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Maëlys.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Un fichier audio principal. Une fausse lecture immersive. Titre : Lysfall &mdash; Chapter Zero . Le froid revint.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu l&rsquo;as écouté ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pas en entier .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Fais écouter . Eden se redressa.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Sélène le regarda.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous ne décidez pas.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;allais dire : pas sans précaution. Elle se tut. Il ajouta :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si c&rsquo;est un déclencheur psychologique ou un message codé, on l&rsquo;écoute sur système isolé, volume bas, transcription active. Maëlys leva la main.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pour une fois, le vampire logistique a raison. Ils installèrent l&rsquo;ordinateur hors ligne. Le fichier audio apparut. LYSFALL_CHAPTER_ZERO.mp3 Durée : 6 minutes 06. Maëlys lança.</p>
      <p>La voix de Sélène sortit des haut-parleurs. Pas elle. Presque elle. Une imitation trop intime, trop lisse, trop sûre.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; &ldquo;Si tu as acheté ceci, c&rsquo;est que tu as trouvé la vraie porte. Ashfall était la fiction. Lysfall est ce que je n&rsquo;avais pas le droit de publier .&rdquo; Sélène sentit son estomac se retourner . Maëlys coupa presque immédiatement.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je vais vomir , finalement. Eden avait les yeux fixés sur l&rsquo;écran.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils utilisent votre voix pour vendre une version interdite.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; À mon public. Noé murmura :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;est quoi le but ? Sélène répondit avant les autres :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Faire entrer les lectrices dans un deuxième tunnel. Les convaincre que le faux est plus vrai que le vrai parce qu&rsquo;il est interdit. Maëlys passa la transcription. Certaines phrases s&rsquo;affichèrent. Allumez le Lys. Écoutez seule. Ne partagez pas ce fichier. Si vous sentez que votre cœur ralentit, c&rsquo;est normal. Eden se leva.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;est dangereux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pas seulement psychologiquement, dit Maëlys. Il y a une piste sonore cachée. Fréquences basses. Pulsations. Peut-être rien, peut-être conçu pour créer malaise/panique. Sélène pensa à des filles dans leur chambre, casque sur les oreilles, bougie allumée, pensant vivre une expérience dark romance exclusive. Leur désir d&rsquo;entrer utilisé contre elles. Non.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p class="dialogue">&mdash; On fait quoi ? demanda Noé. Sélène regarda Maëlys.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; On ouvre Ashfall. Tout le monde se tourna vers elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pas le livre complet, dit-elle. Pas encore. Mais un vrai chapitre zéro. Gratuit. Public. Officiel. Avec ma vraie voix. Quelque chose qui coupe Lysfall à la racine. Eden fronça les sourcils.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous êtes épuisée.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je ne vais pas écrire un roman. Je vais dire la vérité utile. Maëlys inspira lentement.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Un contre-audio.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Maintenant ? Sélène regarda le faux fichier .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Avant que d&rsquo;autres l&rsquo;écoutent seules.</p>
      <p>Ils enregistrèrent dans la cuisine de Maëlys. Pas à Karol House. Pas à Ashfall. Pas dans une salle blanche. Une cuisine ordinaire, avec une bouilloire encore chaude, une plante fatiguée sur le rebord de fenêtre, Noé assis par terre, Maëlys devant l&rsquo;ordinateur , Eden contre le mur près de la porte ouverte. Un refuge imparfait. Figuier . Le vrai. Pas piégé parce qu&rsquo;il était sûr . Utile parce qu&rsquo;ils savaient qu&rsquo;il ne l&rsquo;était pas entièrement. Maëlys régla le micro.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Quand tu veux. Sélène regarda le point rouge. Cette fois, il n&rsquo;était pas une arme contre elle. Pas encore. Elle inspira.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ici Sélène. La vraie. Elle s&rsquo;arrêta. Sa voix trembla. Pas beaucoup. Assez pour être humaine.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si vous avez téléchargé un fichier appelé Lysfall, fermez-le. N&rsquo;écoutez pas seule. N&rsquo;allumez pas le Lys. Ce fichier n&rsquo;est pas de moi. Maëlys leva les yeux vers elle, l&rsquo;encourageant silencieusement. Sélène continua :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je sais que je vous ai donné envie d&rsquo;entrer . Je sais que j&rsquo;ai construit Ashfall comme une porte sombre, intime, addictive. Et c&rsquo;est pour ça que je dois être claire maintenant : personne ne doit utiliser votre curiosité contre vous. Pas même moi. Eden la regarda. Elle le sentit sans tourner la tête.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ashfall est une fiction. Une dark romance. Une expérience. Mais aucune expérience ne mérite que vous vous mettiez en danger , que vous vous isoliez si vous vous sentez mal, ou que vous croyiez qu&rsquo;un contenu volé est plus vrai parce qu&rsquo;il est interdit. Elle prit le livre posé devant elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; La vraie porte restera fermée jusqu&rsquo;à ce que je puisse l&rsquo;ouvrir correctement. Et quand elle s&rsquo;ouvrira, ce sera ici. Avec ma voix. Mon texte. Mon choix. Silence. Puis elle ajouta, plus bas :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; No one enters before me. Maëlys coupa.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p>Personne ne parla pendant quelques secondes. Puis Noé dit :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;était bien. Maëlys se tourna vers lui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pour une fois, commentaire simple et utile. Continue comme ça. Eden ne dit rien. Sélène le regarda enfin.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Quoi ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Rien.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mensonge. Il baissa les yeux vers le livre.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous venez de faire ce que votre père n&rsquo;a pas réussi à faire. Elle se raidit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ne me comparez pas à lui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je ne compare pas. Je dis que vous avez fermé une porte qu&rsquo;il avait ouverte par peur . La phrase resta dans la cuisine. Sélène ne sut pas si elle lui faisait du bien ou mal. Peut-être les deux. Encore. Toujours. Maëlys publia l&rsquo;audio. Le vrai chapitre zéro d&rsquo;Ashfall entra en ligne. Et, pendant quelques minutes, le faux fichier Lysfall recula.</p>
      <p>Les signalements explosèrent. Les liens Lysfall tombèrent les uns après les autres. Pas tous. Jamais tous. Mais assez pour casser l&rsquo;élan. Les commentaires sous l&rsquo;audio officiel arrivèrent par centaines. Closed it. Thank you. I almost bought the fake one. We wait for you. No one enters before you. Ashfall is yours. Sélène lut jusqu&rsquo;à ne plus pouvoir . Puis elle posa le téléphone, les mains tremblantes. Elle n&rsquo;avait pas gagné. Pas vraiment. Mais elle avait empêché une porte de s&rsquo;ouvrir davantage. Pour cette nuit, cela devait suffire. Maëlys se leva.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Maintenant, tu dors.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je dois...</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. La phrase commence mal. Noé leva timidement la main.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je peux surveiller les commentaires. Sélène le regarda.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu sais faire ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Mais Maëlys peut m&rsquo;insulter jusqu&rsquo;à ce que j&rsquo;apprenne. Maëlys hocha la tête.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Méthode pédagogique validée. Livia entra, enfin, ou plutôt passa la tête par la porte.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Le périmètre est stable. Pas sûr . Stable.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Merci pour cette nuance anxiogène, dit Maëlys. Eden resta près de la porte. Sélène comprit qu&rsquo;il allait partir . Pas loin. Pas vraiment. Mais hors de l&rsquo;appartement. Parce qu&rsquo;elle avait dit pas dans la chambre. Parce qu&rsquo;il avait entendu plus loin que les mots. Elle se leva. La pièce tangua légèrement. Il fit un mouvement, puis s&rsquo;arrêta. Elle le vit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous pouvez me donner votre bras jusqu&rsquo;au couloir . Il la regarda.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Seulement le couloir ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Seulement le couloir .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; D&rsquo;accord.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p>Il lui offrit son bras. Elle s&rsquo;y appuya. Pas parce qu&rsquo;elle voulait être sauvée. Parce qu&rsquo;elle était fatiguée. Et parce qu&rsquo;accepter un soutien choisi ne ressemblait plus autant à une défaite. Dans le couloir de l&rsquo;appartement, loin des autres mais porte ouverte, ils s&rsquo;arrêtèrent. La lumière était jaune. Banale. Laide. Parfaite.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je suis en colère contre vous, dit-elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je sais.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pour Ashfall. Les micros. La chambre. Même si vous ne saviez pas.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je ne sais pas ce que ça change.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Moi non plus. Elle leva les yeux vers lui. Il n&rsquo;essaya pas de remplir l&rsquo;espace. Pas de promesse grandiose. Pas de &ldquo;je vais réparer&rdquo;. Bon choix.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je ne veux pas que vous disparaissiez complètement, dit-elle. Sa voix était presque trop basse.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mais je ne veux pas que vous soyez trop près. Eden hocha lentement la tête.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; À gauche ? Elle eut un rire faible.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; À gauche. Et dehors.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; D&rsquo;accord. Il recula. Puis s&rsquo;arrêta.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Sélène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ce que vous avez dit dans l&rsquo;audio... que personne ne doit utiliser leur curiosité contre elles. Pas même vous.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Quoi ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Gardez cette phrase pour vous aussi. Elle le fixa. La phrase entra doucement. Trop doucement pour qu&rsquo;elle puisse la repousser .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Bonne nuit, Eden.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Bonne nuit. Il partit. Pas loin. Mais assez.</p>
      <p>La chambre de Maëlys était petite. Un lit contre le mur . Des vêtements sur une chaise. Une lampe de chevet cabossée. Des livres empilés n&rsquo;importe comment. Pas de luxe. Pas de symbole volontaire. Sélène s&rsquo;assit sur le lit. Maëlys lui donna un tee-shirt trop grand et un pantalon de jogging.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu peux garder ta dignité dramatique demain. Là, tu mets du coton. Sélène obéit. Le simple fait de retirer la robe noire lui donna presque envie de pleurer . Le tissu avait gardé trop de choses : Karol House, la salle blanche, la main d&rsquo;Éliane, la lampe explosée, l&rsquo;odeur du Lys écrasé. Elle enfila les vêtements de Maëlys. Trop grands. Doux. Humiliants d&rsquo;ordinaire. Parfaits ce soir . Maëlys s&rsquo;assit à côté d&rsquo;elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je dors par terre ou tu veux que je reste ? Sélène regarda la porte. Ouverte. Le couloir éclairé. Les voix basses de Noé et Livia plus loin. Elle pensa à toutes les chambres sans serrure. Celle d&rsquo;Ashfall. Celle d&rsquo;Irina. La salle blanche. Puis cette chambre-là. Ordinaire. À Maëlys.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p class="dialogue">&mdash; Reste. Maëlys hocha la tête sans commentaire. Miracle. Elles s&rsquo;allongèrent côte à côte, comme lorsqu&rsquo;elles étaient plus jeunes, avant que les conversations deviennent des stratégies et les silences des preuves. Pendant longtemps, Sélène ne dormit pas. Elle écouta la pluie. La respiration de Maëlys. Les pas lointains dans le couloir . Une voiture qui passa dehors. Le monde continuait. Absurde. Elle murmura :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;ai peur que le faux texte soit meilleur que le mien. Maëlys tourna la tête dans l&rsquo;ombre.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Quoi ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pas moralement. Pas vraiment. Mais... efficace. Optimisé. Calculé pour plaire. Pour vendre. Pour ressembler à ce que les gens attendent de moi. Maëlys resta silencieuse. Puis :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Peut-être qu&rsquo;il sera plus lisse. Sélène ferma les yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Merci, c&rsquo;est exactement ce que je voulais entendre.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Laisse-moi finir . Plus lisse, plus manipulé, plus parfait selon leurs données. Mais toi, tu écris depuis l&rsquo;endroit qui tremble. C&rsquo;est pour ça que ça marche. Pas parce que tu coches des codes. Parce que tu les salis avec quelque chose de vrai. Sélène sentit une larme glisser vers son oreille.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu deviens poétique. C&rsquo;est inquiétant.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je sais. Ne le répète pas, j&rsquo;ai une image. Sélène rit doucement. Puis le sommeil arriva enfin. Pas profond. Pas paisible. Mais réel.</p>
      <p>Et pour la première fois depuis le début, personne ne lui demanda d&rsquo;ouvrir une porte.</p>
      <p>Elle rêva de la route. Encore. Mais cette fois, la voiture ne tombait pas. Elle roulait sur une route blanche, sans pluie, sans virage, sans fin. Sa mère conduisait. Irina était assise à côté. Adrien dans le rétroviseur . Noé enfant à l&rsquo;arrière. Eden debout sur le bas-côté, immobile, tenant une porte ouverte sans entrer . Puis le rêve changea. La route devint une page. Les phares devinrent des lettres. Le Lys poussa entre les lignes. Sélène se réveilla d&rsquo;un coup. Son téléphone vibrait sur la table de chevet. Maëlys dormait encore. Dans le couloir , silence. Sélène prit le téléphone. Numéro inconnu. Pas une photo cette fois. Un fichier texte. ASHFALL_CH16_FINAL.txt Son cœur s&rsquo;arrêta presque. Elle n&rsquo;ouvrit pas. Pas tout de suite. Elle se leva sans réveiller Maëlys, sortit dans le couloir , pieds nus, téléphone à la main. Eden était assis sur une chaise près de l&rsquo;entrée. Éveillé. Bien sûr . Il leva les yeux.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p class="dialogue">&mdash; Quoi ? Elle lui montra l&rsquo;écran. Son visage changea.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ne l&rsquo;ouvrez pas.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je sais. Noé, endormi sur le canapé, bougea mais ne se réveilla pas. Livia apparut dans l&rsquo;encadrement de la cuisine comme si elle avait été construite pour ne jamais dormir .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Envoyez-moi le fichier sans ouverture locale. Sélène transféra. Attente. Quelques secondes. Puis la voix de Livia, plus froide :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ce n&rsquo;est pas un texte.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Quoi ? demanda Eden.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;est un localisateur camouflé. S&rsquo;il avait été ouvert, il aurait transmis la position exacte de l&rsquo;appareil. Sélène sentit le froid lui remonter les jambes. Ils avaient trouvé son téléphone. Ou presque. Livia continua :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mais il contient aussi une ligne lisible.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Lisez, dit Sélène. Livia hésita.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; &ldquo;Merci d&rsquo;avoir confirmé que tu n&rsquo;étais pas à Ashfall. Le refuge est donc bien ailleurs.&rdquo; Le silence tomba dans l&rsquo;appartement. Figuier . Refuge piégé. Maëlys. Sélène tourna immédiatement la tête vers la chambre. Au même moment, dans la rue en dessous, une voiture s&rsquo;arrêta.</p>
      <p>Eden était déjà debout. Livia arma son pistolet. Noé se réveilla en sursaut. Maëlys apparut dans la porte de la chambre, les cheveux emmêlés, encore à moitié endormie.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Qu&rsquo;est-ce qui se passe ? Sélène regarda la fenêtre. Une lumière blanche glissa sur les rideaux. Puis une deuxième. Puis une troisième. La rue se remplissait de phares. Son refuge n&rsquo;avait pas été trouvé. Il avait été validé. Et dehors, quelqu&rsquo;un venait réclamer l&rsquo;entrée.</p>
    ` },
  { kind: "endcard", ch: { n: 16, name: "Le refuge de la femme raisonnable" } },
];
window.CH16_PAGES = CH16_PAGES;
