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      <p>Le noir avala Karol House. Pas une obscurité douce. Pas celle d&rsquo;une chambre. Une obscurité de coupure nette, brutale, où chaque corps dans la pièce devient immédiatement un danger possible. Pendant une seconde, Sélène n&rsquo;entendit que la pluie. Puis les murmures. Puis les chaises qui raclèrent le sol. Puis une respiration derrière elle. Trop proche. Une main fine se referma sur sa bouche. L&rsquo;autre glissa autour de sa taille, pas avec la force d&rsquo;un homme entraîné à plaquer , mais avec une précision froide, presque médicale. Une pression à un endroit exact, sous les côtes. Son souffle se coupa.</p>
      <p>La voix de femme murmura contre son oreille :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu as bien parlé. Maintenant, voyons si tu sais disparaître. Lys. L&rsquo;odeur entra en elle avant la peur . Froide, blanche, propre. Trop propre. Son corps comprit. Pas un parfum d&rsquo;ambiance. Pas une bougie. Un tissu imbibé, pressé près de son visage, assez loin pour ne pas la faire tomber immédiatement, assez près pour brouiller le monde. Non. Pas comme ça. Pas dans son propre lieu. Sélène mordit. La femme étouffa un cri. La main glissa. Sélène inspira, voulut crier , mais un chaos de sons explosa autour d&rsquo;elle : un verre brisé, une femme qui hurle, des pas, Eden qui prononce son nom quelque part trop loin.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Sélène ! Elle tenta de répondre. Un bras lui barra la gorge. Pas assez pour l&rsquo;étrangler . Assez pour contrôler le son. Elle sentit son bouton d&rsquo;alerte sous sa manche. Son doigt chercha. La femme anticipa. Elle lui tordit le poignet. Douleur blanche.</p>
      <p>Sélène ne cria pas. Elle frappa en arrière du talon. Toucha un tibia. La prise vacilla. Puis une deuxième personne surgit dans le noir . Plus forte. Un homme, cette fois. Il lui attrapa les bras.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vivante, souffla la femme. Pas abîmée. La phrase était pire qu&rsquo;une menace. Vivante. Pas entière. Pas libre. Pas Sélène. Vivante suffisait. Elle sentit qu&rsquo;on la tirait vers l&rsquo;arrière, hors du centre du hall, vers une ouverture qu&rsquo;elle ne se souvenait pas avoir vue dans les plans de Karol House. Une porte de service. Impossible. Livia les avait vérifiées. Sauf les trente pour cent qu&rsquo;elle n&rsquo;aimait pas. Le noir se déplaçait avec eux. Ou peut-être était-ce son cerveau. L&rsquo;odeur de Lys gagnait. Sélène força ses poumons à ne pas paniquer . Pense. Pas subir . Pense. Elle laissa son talon racler le sol. Un long trait contre le parquet. Une trace. Puis elle arracha de sa manche le petit ruban noir qui tenait son micro de secours et le laissa tomber .</p>
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      <p>Si Maëlys voyait. Si Eden cherchait. Si quelqu&rsquo;un comprenait. La femme murmura :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Inutile. Ici, on efface mieux que ça. Et la porte se referma derrière elles.</p>
      <p>Derrière la porte, les sons du hall moururent. La panique devint une chose lointaine, enfermée de l&rsquo;autre côté. Ici, il n&rsquo;y avait qu&rsquo;un couloir de service, du béton, une lumière de secours rouge et la respiration trop rapide de Sélène. Elle ne voyait pas bien. Lys dans le nez. Lys dans la gorge. Lys comme une main blanche sur le cerveau. L&rsquo;homme derrière elle lui maintenait les poignets. Trop serré. Pas pour la blesser . Pour l&rsquo;empêcher de décider . La femme marchait devant, silhouette fine, cheveux tirés, manteau blanc ou gris très pâle. Sélène ne distinguait pas son visage.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Qui êtes-vous ? réussit-elle à souffler . La femme ne se retourna pas.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Une correction.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous travaillez pour Delcourt ? Un petit rire.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Marianne Delcourt travaille pour des réunions. Moi, je travaille pour les résultats. Ils tournèrent à gauche. Puis encore à gauche. Sélène compta. Un réflexe. Une survie. Gauche. Gauche. Escalier court. Porte métallique. Odeur de poussière. Froid.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous avez un accès dans Karol House, dit-elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Nous avons toujours des accès dans les maisons construites pour être désirées.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Phrase de secte. La femme s&rsquo;arrêta. Elle se tourna enfin. La lumière rouge coupa son visage en deux. Sélène ne la connaissait pas. Et pourtant, une partie d&rsquo;elle se raidit. Pas un souvenir clair . Une sensation. Hôpital. Blanc. Fleurs. Une voix qui disait : l&rsquo;enfant est confuse. La femme sourit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu te souviens presque. Sélène sentit son estomac se fermer .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous étiez là.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Après l&rsquo;accident, oui. La femme s&rsquo;approcha. Elle avait les yeux très clairs, la bouche sans rouge, des gants fins. Pas belle au sens évident. Propre. Lisse. Comme si rien d&rsquo;humain ne devait accrocher sur elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu m&rsquo;appelais la dame blanche.</p>
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      <p>Le monde se fendit. Pas beaucoup. Assez. La dame blanche. Pas Althéa. Pas seulement. La silhouette que Sélène enfant avait répétée jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;un médecin l&rsquo;appelle faux souvenir . Elle était là.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Votre nom, dit Sélène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu vois ? Encore cette obsession des noms. Ta mère aussi croyait que nommer les monstres suffisait à les rendre mortels.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Elle avait raison. Le sourire de la femme s&rsquo;effaça à peine.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Elle est morte. Sélène tira brusquement sur ses poignets. L&rsquo;homme serra. Douleur .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Et vous, vous vous cachez encore dans des couloirs. Cette fois, la gifle arriva. Sèche. Maîtrisée. Pas une perte de contrôle. Une correction.</p>
      <p>La joue de Sélène brûla. La femme pencha la tête.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je m&rsquo;appelle Éliane Voss. Et maintenant que tu sais, tu vas comprendre pourquoi nous préférions que tu restes une fiction.</p>
      <p>Le monte-charge descendit. Très lentement. Trop lentement. Sélène était assise au sol, dos contre la paroi métallique, poignets liés devant elle par un lien plastique. Pas derrière. Erreur . Ou arrogance. Elle pouvait voir ses mains. Donc penser à les utiliser . L&rsquo;homme se tenait près de la porte, arme basse. Éliane Voss, en face d&rsquo;elle, observait son propre reflet dans le métal avec l&rsquo;expression d&rsquo;une femme qui vérifie si une scène mérite son visage.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Où on va ? demanda Sélène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Dans l&rsquo;espace blanc.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous adorez vraiment les noms ridicules.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Les noms simples survivent mieux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Comme &ldquo;accident&rdquo; ? Éliane tourna les yeux vers elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Exactement. La réponse n&rsquo;avait pas de honte. Aucune. Sélène sentit la colère l&rsquo;aider à rester éveillée. Le Lys tirait encore sur les bords de sa vision, rendait les lumières molles, les sons épais. Elle devait parler . Tant qu&rsquo;elle parlait, elle restait là.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Valère travaille avec vous ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Valère travaille avec ce qui l&rsquo;amuse.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Donc oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Valère est un parasite élégant. Il se nourrit des systèmes sans leur appartenir vraiment.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous, vous appartenez à la Main Blanche.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Éliane sourit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; La Main Blanche appartient aux gens comme moi. La phrase était donnée sans emphase. C&rsquo;était pire. Pas une agente. Pas une messagère. Une architecte. Sélène sentit le plan s&rsquo;élargir encore. Althéa avait du pouvoir dans Ashfall. Valère dans les interstices. Lenoir dans les rapports. Delcourt dans les institutions. Mais Éliane Voss parlait comme quelqu&rsquo;un qui avait vu tout cela naître et qui avait décidé que le monde était plus propre avec des femmes effacées au bon moment.</p>
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      <p class="dialogue">&mdash; Vous avez tué ma mère ? demanda Sélène. Éliane leva un sourcil.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Encore cette idée enfantine que tuer est un geste unique.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Répondez.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;ai validé la trajectoire. Le monte-charge vibra. Sélène ne bougea pas.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Lenoir conduisait.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Marius conduisait très bien. Il était incapable de décider seul, mais excellent exécutant. Althéa voulait Claire morte par colère. Moi, je voulais Claire silencieuse par nécessité. Les deux objectifs se sont rencontrés sous la pluie. La phrase entra dans Sélène comme une lame lente.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pourquoi ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Parce que Claire Moreau avait compris que la fiction sociale est plus fragile qu&rsquo;on le pense. Un bon rapport tient jusqu&rsquo;au jour où quelqu&rsquo;un montre le brouillon. Elle avait trouvé les brouillons.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Les originaux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ceux de Lenoir . Éliane sourit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pas seulement. Le monte-charge s&rsquo;arrêta.</p>
      <p>Derrière la porte : lumière blanche. Trop blanche. Pas un couloir . Un espace aménagé sous Karol House. Sélène comprit alors que le lancement n&rsquo;avait jamais été seulement ciblé. Quelqu&rsquo;un avait préparé une pièce sous son livre. Une pièce où l&rsquo;autrice pouvait disparaître pendant que son histoire continuait à se vendre.</p>
      <p>L&rsquo;espace blanc était exactement ce que son nom promettait. Blanc au sol. Blanc aux murs. Blanc au plafond. Aucun angle chaleureux. Aucune décoration. Seulement une table, deux chaises, une caméra, un micro et une lampe circulaire braquée sur une chaise vide. Une salle d&rsquo;interview. Ou d&rsquo;aveu. Ou de disparition contrôlée. Sélène pensa au carnet de Lenoir . Option C : disparition contrôlée si chanson activée publiquement. La page n&rsquo;était pas une menace abstraite. La pièce existait. Sous Karol House. Sous son lancement. Sous son nom. Éliane Voss s&rsquo;assit tranquillement devant la table.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Installez-la. L&rsquo;homme força Sélène à s&rsquo;asseoir sur la chaise sous la lampe. Les liens plastiques furent coupés. Sélène ne bougea pas. Pas encore. Deux caméras se braquèrent sur elle.</p>
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      <p class="dialogue">&mdash; Qu&rsquo;est-ce que vous voulez ? demanda-t-elle. Éliane posa un dossier blanc sur la table.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Une déclaration.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je suis déçue. Je m&rsquo;attendais à plus original.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Les choses efficaces sont rarement originales. Elle ouvrit le dossier . À l&rsquo;intérieur : un texte déjà imprimé. Sélène lut à l&rsquo;envers quelques mots. épuisement émotionnel confusion entre fiction et réalité regret d&rsquo;avoir impliqué ma communauté retrait temporaire aucune accusation vérifiable Elle rit. Vraiment. Un rire bref, sec, qui surprit même l&rsquo;homme derrière elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous voulez me faire poster une excuse ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Une clarification, corrigea Éliane.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous êtes incroyables. Vous tuez des femmes, vous falsifiez des rapports, vous piratez un lancement, vous enlevez une autrice dans son propre événement, et votre plan final, c&rsquo;est une story &ldquo;désolée pour la confusion&rdquo; ? Éliane resta impassible.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Votre public est jeune. Émotionnel. Attaché à votre mystère. Il croira ce que vous lui donnerez avec assez de fatigue dans la voix. Sélène sentit son sourire mourir .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous ne les connaissez pas.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je connais les publics. Ils veulent croire qu&rsquo;ils participent à quelque chose. Donnez-leur une explication intime, ils arrêteront de chercher la structure. Sélène regarda la caméra. Elle comprit alors le vrai plan. Pas seulement la faire disparaître. La faire se retirer elle-même. La faire devenir sa propre Lenoir . Son propre rapport. Son propre Lys.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Éliane soupira.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu dis cela parce que tu crois encore que ton refus est une arme.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Il l&rsquo;est.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Une arme doit atteindre quelqu&rsquo;un. Ton refus, ici, ne fait que prolonger ton inconfort. Elle fit un signe. L&rsquo;homme derrière Sélène posa quelque chose sur la table. Son téléphone. Déverrouillé. L&rsquo;écran ouvert sur son vrai compte. Sélène sentit son ventre se tordre.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Comment ? Éliane sourit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Les gens pensent toujours que la violence numérique est moins intime que la violence physique. Pourtant, ton visage, ta voix, ton public, tes brouillons, tes messages privés... tout cela est beaucoup plus accessible qu&rsquo;une gorge. Sélène ne regarda pas l&rsquo;homme. Ne regarda pas la porte. Elle regarda le téléphone. Puis la caméra. Puis Éliane.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous avez oublié une chose.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Laquelle ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Maëlys. Pour la première fois, Éliane Voss eut l&rsquo;air légèrement agacée. Très bien.</p>
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      <p>Quelque part au-dessus, Eden devait être en train de devenir fou. Cette pensée n&rsquo;aida pas autant qu&rsquo;elle aurait dû. Parce que Sélène savait que le vrai danger n&rsquo;était pas seulement qu&rsquo;il la trouve. C&rsquo;était ce qu&rsquo;il ferait pour la trouver . Éliane Voss le savait aussi.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Eden Veyr cherche déjà, dit-elle. Il a vu la trace sur le parquet. Le ruban. Le couloir . Il sait que tu es sous le bâtiment.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors vous devriez être plus nerveuse.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je compte sur lui. Le sang de Sélène se refroidit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pour quoi ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pour arriver trop vite. Pour casser la bonne porte. Pour tuer le mauvais homme. Pour offrir à toutes les caméras de Karol House l&rsquo;image parfaite : Eden Veyr , héritier violent d&rsquo;une famille criminelle, attaquant une équipe médicale privée venue aider une jeune autrice en crise.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Personne ne croira ça.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si tu lis le texte, personne n&rsquo;aura besoin de le croire entièrement. Il suffira de douter . Voilà. Le Lys. Pas effacer tout. Créer assez de doute pour que la vérité saigne plus longtemps que le mensonge. Sélène sentit la rage devenir précise. Elle ne pouvait pas frapper Éliane. Pas encore. Elle ne pouvait pas crier . Pas utile. Elle devait faire ce qu&rsquo;elles faisaient toutes maintenant : retourner le dispositif. Elle regarda le téléphone.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous voulez une vidéo.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; En direct ou enregistrée ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Enregistrée. Plus simple à nettoyer .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mauvais choix. Éliane leva les yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pardon ? Sélène posa une main sur le texte imprimé.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ma communauté vient de me voir en direct. Si je reviens avec une vidéo montée, sans contexte, après une coupure de courant, ça semblera faux. Éliane l&rsquo;observa.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Continue.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous avez besoin que ça ressemble à moi. Pas à une prise d&rsquo;otage institutionnelle avec lumière clinique et texte de juriste mort à l&rsquo;intérieur . Un silence. L&rsquo;homme derrière elle bougea légèrement. Éliane resta immobile.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu proposes quoi ? Sélène eut presque envie de sourire. Le système demandait à sa cible de l&rsquo;aider à mieux l&rsquo;effacer . Exactement comme Adrien. Exactement comme Eden jeune. Exactement comme tous ceux qu&rsquo;ils avaient forcés à signer la porte de leur propre prison.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Un audio, dit-elle. Pas une vidéo.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pourquoi ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Parce que mon univers est audio. Parce que mes lectrices connaissent ma voix. Parce que je peux sonner fatiguée, intime, mystérieuse. Parce qu&rsquo;elles sont habituées à mes messages vocaux sombres et courts. Éliane réfléchit. Le piège entrait. Sélène ajouta :</p>
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      <p class="dialogue">&mdash; Et parce que si je fais un texte vidéo, Eden comprendra immédiatement que je suis assise quelque part. Un audio peut être enregistré n&rsquo;importe où. Il perdra du temps. La mention d&rsquo;Eden acheva de convaincre. Éliane fit signe. L&rsquo;homme déplaça le micro.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Très bien, dit Éliane. Un audio. Sélène baissa les yeux vers le texte. Les mots étaient ignobles. Mais les mots peuvent être retournés. Surtout quand on a appris à cacher une arme dans une chanson.</p>
      <p>Le micro s&rsquo;alluma. Petite lumière rouge. Sélène inspira. Pas trop. Il fallait sonner fatiguée. Pas morte. Fragile. Pas vaincue. Et surtout, il fallait parler à deux publics à la fois. À celles qui écouteraient. Et à Maëlys.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Hey, dit Sélène. Sa voix était basse. Rauque. Parfaite. Éliane Voss regardait le texte. L&rsquo;homme regardait la porte. Sélène regardait le téléphone.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je sais que vous êtes inquiètes. Je sais que beaucoup de choses ont circulé ce soir autour d&rsquo;Ashfall, autour de Lysfall, autour de moi. Je vais clarifier . Elle marqua une pause. Éliane hocha légèrement la tête. Continue. Sélène continua.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je suis épuisée, oui. Émotionnellement. Physiquement. Ces derniers jours ont été... blancs. Blancs. Premier signal.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Trop blancs, même. Comme ces pièces où la lumière vous force à oublier les angles. Éliane releva les yeux. Sélène ajouta aussitôt une phrase du texte :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;ai peut-être laissé la fiction déborder sur la réalité. La femme se détendit un peu. Sélène poursuivit :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je ne veux pas que vous forciez les portes. Pas ce soir . Pas les blanches. Surtout pas la première. Si vous voyez une porte blanche, vous savez quoi faire : vous ne l&rsquo;ouvrez pas. Éliane fronça les sourcils.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ce n&rsquo;est pas dans le texte. Sélène leva les yeux, innocente.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;est mon branding. Elles comprendront. La femme hésita. Puis fit signe de continuer . Sélène reprit :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je retire temporairement certaines accusations qui n&rsquo;ont pas encore été vérifiées publiquement. Phrase du texte. Puis elle glissa :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mais je garde ce qui ne peut pas disparaître : les traces au sol, le ruban noir , la lumière rouge, la descente lente, et cette odeur de lys sous la maison. L&rsquo;homme derrière elle tourna la tête. Éliane leva la main. Trop tard. Sélène parla plus vite, toujours douce :</p>
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      <p class="dialogue">&mdash; Maëlys, ne t&rsquo;énerve pas. Respire. Écoute la troisième respiration après le mot blanc. Éliane se leva.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Coupez. L&rsquo;homme se pencha vers l&rsquo;appareil. Sélène attrapa le téléphone et appuya sur envoyer .</p>
      <p>L&rsquo;homme lui saisit le poignet. Trop tard. L&rsquo;audio était parti. Pas en public. À Maëlys. Conversation épinglée. Toujours en haut. Toujours ouverte. Sélène sourit à Éliane.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous aviez raison. Les audios sont plus intimes. La gifle suivante fut plus forte. Sa bouche se remplit de sang. Mais cette fois, elle rit. Parce qu&rsquo;au-dessus d&rsquo;elle, quelque part, Maëlys venait d&rsquo;entendre la porte blanche.</p>
      <p>Au-dessus, Karol House était devenu un labyrinthe aveugle. Eden suivait la trace sur le parquet. Le trait laissé par le talon de Sélène. Puis le ruban noir . Puis rien. Le rien le rendait plus dangereux. Livia avait relancé les lumières de secours, mais pas le courant principal. Maëlys était enfermée dans la régie avec trois écrans, deux ordinateurs, un téléphone dans chaque main et une rage qui aurait pu alimenter un quartier .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Elle n&rsquo;est pas sortie du bâtiment, dit Livia.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je sais, répondit Eden. Sa voix était trop basse. Noé regardait chaque porte, chaque alcôve, le visage blanc de peur .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;est ma faute. Maëlys, dans l&rsquo;oreillette, explosa :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si tu commences une crise de culpabilité maintenant, je viens personnellement te frapper avec mon clavier . Cherche une porte, Noé. Il hocha la tête, même si elle ne pouvait pas le voir .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui. D&rsquo;accord. Eden s&rsquo;arrêta devant un pan de mur derrière la salle de lecture. Rien. Pas de poignée. Pas de joint visible. Mais l&rsquo;odeur . Lys. Très faible. Trop faible pour lui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Noé, dit-il. Noé s&rsquo;approcha.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Quoi ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Sentez.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je n&rsquo;ai pas le nez de ma sœur .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Essayez. Noé inspira. Grimaça.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Lys. Et... poussière. Métal. Comme un vieux monte-charge. Eden passa la main sur le mur .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mécanisme caché.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Il faut un code ? demanda Noé.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Probablement. Maëlys reçut l&rsquo;audio à cet instant.</p>
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      <p>Elle ouvrit. La voix de Sélène remplit le canal. Basse. Fatiguée. Codée. Ces derniers jours ont été... blancs. Maëlys se figea. Elle comprit avant tout le monde que Sélène ne s&rsquo;adressait pas seulement au public. Elle relança l&rsquo;audio. Troisième respiration après le mot blanc. Une. Deux. Trois. Derrière la respiration, très bas, un son.</p>
      <p>Maëlys agrandit la piste.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Monte-charge, dit-elle. Elle est dans un monte-charge. Ou elle y était. Livia demanda :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Localisation ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Attends. Maëlys écouta encore. Le ruban noir, la lumière rouge, la descente lente, et cette odeur de lys sous la maison. Elle se tourna vers le plan de Karol House.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Sous la maison. Il y a un niveau non répertorié. Eden posa la main contre le mur .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Comment on ouvre ? Maëlys chercha dans l&rsquo;audio.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Elle dit &ldquo;pas les blanches, surtout pas la première&rdquo;. Donc ne prends pas le panneau blanc. Noé regarda le mur .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Il n&rsquo;est pas blanc.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non, dit Eden. Il tourna la tête vers l&rsquo;alcôve Lys. Un panneau blanc parfait se trouvait derrière la bougie éteinte. Distraction. Encore. Noé murmura :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors l&rsquo;entrée est ailleurs. Il regarda le sol. Le ruban noir était tombé près d&rsquo;une plinthe sombre. Pas le mur blanc. La plinthe noire. Baies. Entrée. Noé s&rsquo;agenouilla, chercha une encoche.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Là. Un minuscule symbole de baie, gravé dans le bois noir . Eden posa le badge récupéré au port. Rien. Noé tapa le rythme. Tap. Tap tap. Pause. Tap. Le mur s&rsquo;ouvrit.</p>
      <p>Eden entra avant même que Livia dise son nom.</p>
      <p>Eden descendit trop vite. Il le savait. Chaque marche lui disait qu&rsquo;il allait trop vite. Chaque pensée aussi. Althéa aurait voulu ça. Valère aurait écrit ça. Éliane Voss avait compté dessus. Eden Veyr courant dans un sous-sol pour sauver une femme, prêt à casser chaque porte, chaque gorge, chaque règle pour la retrouver . Prévisible. Fonctionnel. Utile au piège. Il ralentit. Un effort physique. Presque douloureux. Derrière lui, Noé trébucha.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous ralentissez ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pourquoi ? Eden regarda le couloir rouge devant eux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Parce qu&rsquo;ils veulent que j&rsquo;arrive comme un animal. Noé avala.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Et vous êtes quoi ? Eden pensa à Irina. À l&rsquo;enregistrement. Ne fais pas de ton amour une pièce sans serrure. Il pensa à Sélène disant : à gauche. À Sélène devant la caméra, reprenant son livre. À Sélène qui avait probablement envoyé un code au lieu de supplier .</p>
    ` },
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      <p class="dialogue">&mdash; Quelqu&rsquo;un qui apprend à ouvrir une porte sans la défoncer . Noé le regarda comme s&rsquo;il venait d&rsquo;entendre une phrase trop adulte pour l&rsquo;endroit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ça doit être pénible.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous n&rsquo;imaginez pas. Maëlys, dans l&rsquo;oreillette :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Très beau développement personnel, les gars, mais elle est toujours enlevée. Eden reprit sa marche. Moins vite. Plus dangereux. Le couloir déboucha sur le monte-charge. Vide. Porte ouverte. Odeur de Lys. Au sol, une minuscule goutte de sang. Eden s&rsquo;immobilisa. Tout en lui voulut basculer . Pas beaucoup. Totalement. Noé vit la goutte aussi.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Eden...</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Le mot sortit comme un ordre donné à lui-même. Eden s&rsquo;accroupit. Toucha le sol près du sang, pas le sang.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Elle est vivante.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Comment vous savez ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Parce qu&rsquo;ils veulent une déclaration. Pas un cadavre. Maëlys souffla :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Correct. L&rsquo;audio est parti après la descente. Elle était lucide. Eden se releva. Devant eux, deux couloirs. Un blanc. Un noir . Noé ferma les yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; La première porte blanche...</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Distraction, dit Eden.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Donc noir .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Donc noir . Ils prirent le couloir noir .</p>
      <p>Au bout, une porte. Derrière, la voix de Sélène. Pas forte. Mais elle riait. Eden n&rsquo;avait jamais entendu un son aussi rassurant et aussi dangereux.</p>
      <p>Sélène avait du sang sur la lèvre. Pas beaucoup. Assez pour sentir le fer . Éliane Voss avait perdu son calme parfait pendant exactement deux secondes après l&rsquo;envoi de l&rsquo;audio. Puis elle l&rsquo;avait récupéré comme on remet un gant.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu crois avoir gagné du temps, dit-elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Sélène cracha un peu de sang sur le sol blanc.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;en ai fait perdre. L&rsquo;homme derrière elle lui attrapa les cheveux. Éliane leva la main.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pas le visage. Il doit rester crédible. Sélène rit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Encore cette obsession de mon image. Vous devriez travailler dans le marketing.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je travaille dans la survie des structures.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;est une manière très longue de dire lâcheté. Éliane s&rsquo;approcha.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu es courageuse parce que tu crois que quelqu&rsquo;un arrive.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Sélène leva les yeux vers elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je suis courageuse parce que quelqu&rsquo;un est déjà venu avant moi. Ma mère. Irina. Même mon père, à sa manière ratée. Vous n&rsquo;avez jamais compris ça. Vous pensez qu&rsquo;une personne seule se casse plus facilement. Mais vous oubliez ce qu&rsquo;elle porte. Éliane la regarda.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p class="dialogue">&mdash; Tu portes une communauté de lectrices qui t&rsquo;oublieront dès qu&rsquo;une autre histoire sera plus excitante.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Peut-être.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Un frère inutile.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Il apprend.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Un homme dangereux qui te veut assez pour te détruire. Cette fois, Sélène ne répondit pas aussitôt. Éliane sourit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Voilà. La porte de la salle blanche vibra. Une fois. Pas un choc brutal. Un son contrôlé. Quelqu&rsquo;un venait de poser une main dessus.</p>
      <p>Éliane tourna la tête.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Il est là. Sélène sentit son cœur bondir . Elle détesta que son corps réagisse avant son orgueil. Éliane se pencha vers elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Appelle-le.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Appelle-le, ou je fais tirer à travers la porte. Sélène regarda la porte. Elle savait qu&rsquo;Eden était derrière. Elle savait qu&rsquo;il entendait peut-être. Elle savait aussi qu&rsquo;Éliane voulait sa voix comme déclencheur . Encore une porte ouverte par quelqu&rsquo;un qu&rsquo;on aime. Non. Pas cette fois. Sélène inspira.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Eden. Derrière la porte, aucun mouvement. Éliane sourit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Bien. Sélène continua :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; À gauche. Le sourire d&rsquo;Éliane disparut. Trop tard. Dehors, un tir partit. Pas dans la porte. Dans la caméra de sécurité au plafond du couloir .</p>
      <p>Puis un deuxième. Dans la serrure électronique. Noé, de l&rsquo;autre côté, tapa le rythme. Tap. Tap tap. Pause. Tap. La porte s&rsquo;ouvrit. Pas explosée. Ouverte. Eden entra à gauche. Noé à droite. Livia derrière. Et, dans son oreillette, Maëlys hurla :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;est moi ou vous venez de faire une entrée intelligente ?</p>
      <p>Tout se figea. Éliane Voss avait une arme. Sélène ne l&rsquo;avait pas vue avant. Petite. Blanche. Presque ridicule. Elle la tenait contre la tempe de Sélène. Eden s&rsquo;arrêta net. Pas un pas de trop. Pas une respiration déplacée. Sélène sentit plus qu&rsquo;elle ne vit l&rsquo;effort que cela lui coûta. Éliane sourit de nouveau.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Voilà. Le chien a appris à attendre. Eden ne regardait pas Éliane. Il regardait Sélène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous allez bien ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;ai connu de meilleurs lancements.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Blessée ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ego surtout.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mensonge.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Lèvre. Poignet. Rien d&rsquo;intéressant. Éliane appuya un peu plus l&rsquo;arme.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous êtes touchants. Vraiment. Presque modernes. Consentement, limites, distance... vous avez mis du vocabulaire sur une pulsion ancienne et vous appelez ça une évolution. Sélène répondit sans la regarder :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Et vous, vous avez mis une blouse sur la peur et vous appelez ça une institution. Noé fit un demi-mouvement. Livia le retint. Éliane observait Eden.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p class="dialogue">&mdash; Tu peux la récupérer , dit-elle. Il suffit de poser ton arme et de signer une déclaration confirmant que tu as organisé l&rsquo;enlèvement pour créer une mise en scène autour de son livre. Eden ne bougea pas.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Sélène sentit le mot avant de le comprendre. Non. Il venait de refuser . Pas de la sacrifier . De jouer leur scénario. Éliane pencha la tête.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu refuses de la sauver ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je refuse de vous laisser écrire ce que sauver veut dire. La phrase entra dans la salle blanche comme une couleur . Sélène inspira. Éliane perdit un fragment de contrôle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors elle meurt.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non, dit Sélène. Elle ne cria pas. Elle ne bougea presque pas. Elle fit ce qu&rsquo;elle avait appris à faire depuis le début. Elle choisit le bon mot.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Lys. Tout le monde s&rsquo;arrêta. Même Éliane. Parce que dans ce monde, le mot signifiait effacement. Parce que pour Eden et Sélène, il signifiait arrêt. Pendant cette demi-seconde de confusion, Sélène lâcha son poids d&rsquo;un coup, glissant de la chaise au sol au lieu de se débattre vers l&rsquo;avant. Le tir partit.</p>
      <p>La balle frappa la lampe circulaire. Lumière explosée. Verre. Noir partiel. Eden tira. Dans l&rsquo;épaule d&rsquo;Éliane. Pas la tête. Pas le cœur . Contrôle absolu. Éliane tomba contre la table. Livia neutralisa l&rsquo;homme derrière Sélène. Noé se précipita vers sa sœur . Eden resta une seconde immobile. Comme s&rsquo;il avait besoin de vérifier qu&rsquo;il n&rsquo;était pas devenu la scène qu&rsquo;on lui avait écrite. Sélène, au sol, leva les yeux vers lui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous avez visé l&rsquo;épaule. Sa voix tremblait maintenant. Enfin.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Très civilisé.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ne vous habituez pas. Elle rit. Et le rire se brisa au milieu. Eden s&rsquo;accroupit devant elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Puis-je ? Elle hocha la tête. Cette fois, elle ne trouva pas de phrase mordante. Il l&rsquo;aida à se relever . Pas en la prenant. En lui offrant son bras. Elle s&rsquo;y accrocha plus fort qu&rsquo;elle ne l&rsquo;aurait voulu.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p>Éliane Voss était consciente. Assise contre la table, une main pressée sur son épaule blessée, visage pâle mais regard encore dur . Livia la fouilla avec une efficacité presque tendre dans sa violence. Elle récupéra une clé, deux téléphones, un badge blanc et un petit flacon de Lys. Sélène vit le flacon. Son corps réagit avant elle. Eden aussi. Il fit un pas, puis s&rsquo;arrêta.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Détruisez-le, dit Sélène. Éliane eut un rire faible.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu ne peux pas détruire le Lys. Il existe dans chaque personne qui préfère une version supportable à une vérité utile. Sélène la regarda.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Peut-être. Elle prit le flacon des mains de Livia. Eden tendit la main.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Sélène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je ne vais pas l&rsquo;ouvrir . Elle marcha jusqu&rsquo;au sol blanc taché de sang, posa le flacon sous son talon et l&rsquo;écrasa.</p>
      <p>L&rsquo;odeur monta. Froide. Violente. Puis se mélangea au sang, à la poussière, à la fumée de la lampe brisée. Pour la première fois, le Lys ne sentait plus propre. Bien. Elle revint vers Éliane.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Votre déclaration, dit-elle. Éliane fronça les sourcils.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Quoi ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous vouliez une déclaration audio. On va en faire une. Noé regarda sa sœur .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Sélène...</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pas publique. Elle prit le téléphone posé sur la table.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pour les dossiers. Pour Lenoir . Pour Delcourt. Pour Althéa. Pour Valère. Pour toutes les personnes qui vont prétendre que vous agissiez seule. Éliane sourit malgré la douleur .</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je ne parlerai pas. Sélène s&rsquo;accroupit devant elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous avez tort.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu vas me torturer ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors tu n&rsquo;as rien. Sélène pencha légèrement la tête.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous venez d&rsquo;échouer . Vos supérieurs, vos partenaires ou vos égaux, peu importe comment votre petit club blanc se nomme en interne, vont devoir décider si vous êtes encore une architecte ou un dommage collatéral. Vous avez une blessure par balle, un enlèvement raté, une tentative de fausse déclaration, et votre nom bientôt lié à Claire Moreau, Irina Veyr , Marius Lenoir , Marianne Delcourt et Karol House. Éliane ne répondit pas. Sélène continua, plus bas :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous avez passé votre vie à fabriquer des rapports sur les autres. Vous savez mieux que personne ce qu&rsquo;un bon narratif peut faire à une femme isolée. Le regard d&rsquo;Éliane changea. Minuscule.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors choisissez, dit Sélène. Vous parlez maintenant et vous devenez témoin central. Ou vous vous taisez et je vous laisse découvrir ce que votre propre système fait aux femmes inutiles. Silence. Eden regardait Sélène. Pas avec peur . Pas seulement. Avec reconnaissance inquiète. Elle venait de faire exactement ce qu&rsquo;elle avait dit à Lenoir : salir le système pour rendre les victimes visibles. Mais la frontière, encore, n&rsquo;était pas loin. Elle le savait. Éliane aussi.</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p class="dialogue">&mdash; Enregistrez, dit finalement Éliane.</p>
      <p>Sélène posa le téléphone entre elles.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Votre nom. La femme ferma les yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Éliane Voss.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Votre fonction. Un silence. Puis :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Coordination narrative. Cellule Lys. Main Blanche. Livia murmura :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; On l&rsquo;a.</p>
      <p>Quand ils remontèrent, Karol House n&rsquo;était plus noir . Les lumières de secours dessinaient des lignes rouges le long des murs. Le public piégé avait été évacué par groupes. Marianne Delcourt était sous garde. Les vrais journalistes restants avaient reçu assez de matière pour comprendre qu&rsquo;ils tenaient quelque chose d&rsquo;énorme sans encore savoir comment l&rsquo;appeler . Maëlys attendait en haut de l&rsquo;escalier . Elle vit Sélène. Le sang sur sa lèvre. Son poignet rouge. Sa robe froissée. Elle marcha jusqu&rsquo;à elle et la serra si fort que Sélène faillit perdre l&rsquo;équilibre.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je t&rsquo;avais dit de revenir , murmura Maëlys.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je suis revenue.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pas assez vite. Service client médiocre. Sélène rit contre son épaule. Un vrai rire minuscule. Derrière elle, Eden resta à distance. Maëlys le vit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous aussi, vous êtes revenu.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; On me l&rsquo;avait ordonné.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Parfait. Continuez à obéir aux bonnes femmes, ça vous donne presque une personnalité. Noé, derrière, leva la main.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;ai été utile. Maëlys le regarda.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;ai crié ça dans l&rsquo;oreillette, oui. Ne gâche pas ton moment. Livia arriva avec le téléphone contenant la déclaration d&rsquo;Éliane.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Copié trois fois. Hors ligne. En ligne sécurisée. Et chez une personne que je ne nommerai pas parce que je tiens à dormir encore un jour . Eden prit l&rsquo;appareil.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Althéa ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Introuvable.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Valère ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Introuvable aussi.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Le conteneur Lys ? demanda Sélène. Livia hésita.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Perdu. Le mot tomba lourdement. Ils avaient récupéré Sélène. Ils avaient obtenu Éliane Voss. Ils avaient sauvé le vrai public du faux site. Mais le conteneur avait disparu. La guerre avait avancé pendant qu&rsquo;ils survivaient. Sélène regarda la salle de Karol House. Les bougies éteintes. Les écrans noirs. Le livre sous la cloche désormais ouverte. Son histoire avait failli être volée, vendue, retournée contre elle. Mais elle était encore là. Pas intacte. Jamais intacte. Là. Son téléphone vibra. Tout son corps se tendit. Message inconnu. Une seule photo. Un conteneur blanc, quelque part dans un hangar inconnu. Devant, Althéa Veyr . À côté d&rsquo;elle, Valère. Et au premier plan : un exemplaire imprimé d&rsquo; ASHFALL , ouvert à une page que Sélène n&rsquo;avait pas encore écrite. Le message disait :</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p>Sélène tendit le téléphone à Eden. Il lut. Personne ne parla. Puis Sélène prit le livre sous la cloche et le ferma.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors j&rsquo;écrirai plus vite qu&rsquo;eux. Karol House sentait encore le Lys. Mais dessous, plus faible, presque obstiné, les Roses revenaient. Pas les roses du marquage. Celles d&rsquo;une cible qui avait refusé de rester immobile.</p>
      <p>Karol House ne dormait pas. Il attendait. Après l&rsquo;évacuation, après les arrestations, après le sang sur le sol blanc et le direct interrompu, le bâtiment avait gardé une respiration étrange. Une respiration de lieu qui venait d&rsquo;être utilisé pour autre chose que ce pour quoi il avait été construit. Les bougies étaient éteintes. Les écrans noirs. Les portes surveillées. La scène centrale vidée de ses invités. Mais partout, il restait des traces : un verre renversé sous une table, une chaise déplacée, une marque de talon sur le parquet, le ruban noir que Sélène avait laissé tomber , récupéré puis posé dans un sachet de preuve par Livia. Sélène était assise dans la salle de lecture, un plaid sur les épaules, un pansement discret au coin de la bouche, le poignet bandé. Elle n&rsquo;avait pas voulu rentrer à Ashfall. Pas encore. Pas tout de suite. Ashfall était une gueule. Karol House, malgré tout, était son piège à elle. Et elle refusait d&rsquo;en sortir avant de comprendre comment quelqu&rsquo;un avait pu y écrire une page qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas encore écrite. Sur la table devant elle : l&rsquo;exemplaire d&rsquo; ASHFALL  récupéré sous la cloche, son ordinateur , le carnet blanc de Lenoir , le téléphone avec l&rsquo;aveu d&rsquo;Éliane Voss, et la photo envoyée par Althéa. Sur cette photo, le conteneur blanc. Althéa. Valère. Et le livre ouvert. Une page visible. Pas assez nette pour tout lire. Mais assez pour distinguer la première ligne. Elle crut avoir repris la porte, sans comprendre que la maison avait appris sa voix. Sélène la relut encore. Puis encore. Elle n&rsquo;avait jamais écrit cette phrase. Elle l&rsquo;aurait su. Elle reconnaissait ses propres excès, ses propres images, ses propres facilités. Cette ligne ressemblait à elle. Mais pas tout à fait. Comme une imitation portée par quelqu&rsquo;un qui avait étudié sa manière de respirer .</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p>Maëlys entra avec deux cafés.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;ai trouvé une machine qui fonctionne encore, dit-elle. Le café est objectivement mauvais, mais il a survécu à une attaque coordonnée, donc je respecte son parcours. Elle posa une tasse devant Sélène.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu as dormi combien ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je n&rsquo;ai pas dormi.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Question piège, je savais déjà. Tu as cette tête de &ldquo;je vais résoudre une conspiration à coups de cernes&rdquo;. Sélène ne répondit pas. Maëlys regarda la photo. Son humour recula un peu.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Toujours la page ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Toujours.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Peut-être que Valère bluffe.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu pourrais faire semblant d&rsquo;envisager une option rassurante, juste pour mon système nerveux. Sélène tourna l&rsquo;ordinateur vers elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Le fichier maître d&rsquo;Ashfall a été ouvert cette nuit. Maëlys se figea.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Quoi ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pendant la coupure.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Impossible. Le serveur était isolé.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Il était isolé du réseau public. Pas du système audio interne. Maëlys posa lentement son café.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tu penses que le faux site n&rsquo;était pas seulement une copie commerciale.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je pense qu&rsquo;il a servi à aspirer mes fichiers, mes audios, mes brouillons, mes notes de style, mes messages programmés. Tout ce qui pouvait apprendre ma voix. Maëlys pâlit.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Une IA ? Sélène regarda la phrase sur la photo.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ou quelque chose qui essaie de se faire passer pour moi. Dans le couloir , une porte s&rsquo;ouvrit. Eden apparut. Il avait changé de chemise, mais pas d&rsquo;expression. Toujours cette fatigue droite, cette violence tenue assez près de la peau pour qu&rsquo;on la sente sans la voir . Il resta sur le seuil.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je peux entrer ? Maëlys leva les yeux au ciel.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui, monsieur développement personnel, entrez avant que je vieillisse. Sélène hocha la tête. Eden entra. La porte resta ouverte. Ce détail, encore. Figuier . Un refuge qu&rsquo;on n&rsquo;osait pas fermer .</p>
    ` },
  { kind: "body", html: `
      <p>Eden posa une clé sécurisée sur la table.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Livia a extrait les données du téléphone d&rsquo;Éliane. Il y a un protocole nommé &ldquo;Auteur&rdquo;. Sélène ne bougea pas. Le mot était trop simple. Donc dangereux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Montrez. Eden connecta la clé à un ordinateur hors réseau. Maëlys se pencha aussitôt, les doigts prêts au-dessus du clavier comme si quelqu&rsquo;un venait d&rsquo;insulter sa famille entière. Le dossier s&rsquo;ouvrit. AUTEUR &mdash; KAROL HOUSE / S. MOREAU Sous-dossiers : VOIX STYLE RÉACTIONS PUBLIC SCÈNES PROBABLES DISPARITION CONTRÔLÉE CHAPITRES DE SUBSTITUTION Maëlys murmura :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je vais vomir dans un dossier . Sélène ouvrit CHAPITRES DE SUBSTITUTION . Douze fichiers. Pas vingt-deux. Douze. Tous datés des dernières quarante-huit heures. ASHFALL_CH16_VALERE_VERSION.docx ASHFALL_CH17_LYS_PUBLIC.docx ASHFALL_CH18_RETRAIT_SELENE_AUDIO.docx ASHFALL_FIN_ALTERNATIVE.docx Le silence devint tranchant. Sélène sentit sa peau se hérisser . Pas parce qu&rsquo;on avait copié son écriture. Parce qu&rsquo;on avait planifié sa suite. Pas seulement sa disparition. Son récit après sa disparition. Eden lut par-dessus son épaule.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils voulaient publier à votre place.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non, dit Sélène. Sa voix était basse.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ils voulaient continuer à me faire parler après m&rsquo;avoir enlevée. Maëlys ouvrit le premier fichier . Le texte apparut.</p>
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  { kind: "endcard", ch: { n: 15, name: "La disparition contrôlée" } },
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