﻿// pages-ch09.jsx, Chapitre IX, Le PiÃ¨ge de l'Ã‰go

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      <p class="dropcap no-indent">Le jeudi matin, Ã  neuf heures vingt-deux, elle teste l'ultimatum.</p>
      <p>Ce n'est pas un test au hasard. Sasha l'a prÃ©parÃ© pendant les onze heures de la nuit, allongÃ©e sur le lit kingdom du cinquante-deuxiÃ¨me Ã©tage, sans dormir, le pouce posÃ© Ã  la base de sa propre gorge Ã  l'endroit exact oÃ¹ Julian, la veille au soir, avait laissÃ© deux empreintes thermiques. Elle a calculÃ©, point par point, le coÃ»t de chaque cible. Elle a Ã©liminÃ© les fragiles. Elle a Ã©liminÃ© les innocents. Elle a Ã©liminÃ© tous ceux dont la destruction publique lui pÃ¨serait davantage qu'elle ne ferait souffrir Julian.</p>
      <p>Il lui reste, Ã  la fin de la nuit, exactement un nom.</p>
      <p>Adrien Lebret. Trente-deux ans. Trader senior chez Vance Capital, division MÃ©diterranÃ©e. Un homme de carriÃ¨re qui n'a, en quatre ans dans la maison, jamais fait une seule erreur de jugement, mais qui a, depuis vingt-deux mois, l'arrogance d'oser sourire Ã  Julian Vance dans les couloirs. Sasha l'a observÃ©. Elle sait que Julian l'a remarquÃ©.</p>
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      <p class="no-indent">Ã€ douze heures quarante-quatre, elle propose Ã  Adrien Lebret un dÃ©jeuner. Pas en privÃ© : Ã  la cafÃ©tÃ©ria privÃ©e du cinquantiÃ¨me Ã©tage. La cafÃ©tÃ©ria que Julian utilise, deux jours par semaine, Ã  treize heures prÃ©cises.</p>
      <p>Adrien accepte. Ã‰videmment qu'il accepte. Sasha Vasari, depuis qu'elle est entrÃ©e dans la tour, est la femme dont on parle au quarante-deuxiÃ¨me Ã©tage sans oser la regarder. Adrien la regarde, lui. Il sourit. Il prend des risques. Il porte une chemise bleu pÃ©trole qu'il a mise spÃ©cialement.</p>
      <p>Ã€ treize heures pile, ils sont assis Ã  la table d'angle de la cafÃ©tÃ©ria, prÃ¨s de la baie qui donne sur le terminal des ferries. Sasha rit, doucement, Ã  une plaisanterie qu'elle n'a pas entendue. Elle pose la main, Ã  plat, sur l'avant-bras d'Adrien, Ã  exactement quatre centimÃ¨tres du poignet, pendant exactement deux secondes. Puis elle retire la main. Ce geste, dans la maison Vance, est une signature.</p>
      <p>Julian entre dans la cafÃ©tÃ©ria Ã  treize heures zÃ©ro deux.</p>
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      <p class="no-indent">Il ne s'arrÃªte pas. Il ne regarde pas dans leur direction. Il prend, au comptoir, une bouteille d'eau plate, paie sans un mot, et ressort. Cinquante-deux secondes au total dans la piÃ¨ce. Sasha n'a pas tournÃ© la tÃªte. Mais elle a vu, par le reflet dans la baie en verre, qu'il avait, en passant Ã  six mÃ¨tres de leur table, freinÃ© d'une demi-seconde. Une demi-seconde, dans le pas de Julian Vance, est, Ã  cette distance, l'Ã©quivalent d'un cri.</p>
      <p>Ã€ treize heures quatorze, Adrien Lebret reÃ§oit un mail. Il sourit. Il dit Ã  Sasha qu'on l'attend pour une opÃ©ration urgente, qu'il doit y aller, qu'il aimerait beaucoup remettre cela. Il se lÃ¨ve. Il sort.</p>
      <p>Ã€ treize heures vingt-six, le systÃ¨me interne de Vance Capital rÃ©voque, sans prÃ©avis, l'identifiant de session d'Adrien Lebret.</p>
      <p>Ã€ treize heures vingt-neuf, son badge cesse de fonctionner.</p>
      <p>Ã€ treize heures trente-deux, deux agents de sÃ©curitÃ© sortent du mÃªme ascenseur qu'Adrien et l'invitent, poliment mais fermement, Ã  les suivre.</p>
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      <p class="no-indent">Ã€ treize heures quarante-sept, Adrien Lebret est dans le hall principal de la tour Apex avec, dans un sac plastique transparent, ce qu'il avait dans son tiroir : un stylo, un chargeur, une photo de chien. On lui fait signer un document de sortie. Une assistante lui tend un mouchoir, qu'il refuse.</p>
      <p>Ã€ treize heures cinquante-deux, sa femme reÃ§oit, sur sa boÃ®te personnelle, une vidÃ©o d'une minute douze. La vidÃ©o a Ã©tÃ© tournÃ©e le matin mÃªme, Ã  la cafÃ©tÃ©ria. On y voit Adrien, en chemise bleu pÃ©trole, rire d'un peu trop prÃ¨s Ã  une plaisanterie, et une main fÃ©minine se poser, deux secondes, sur son avant-bras. Pas d'audio. Pas de contexte. Juste deux secondes de contact, agrandies en boucle, calibrÃ©es pour ne laisser aucune ambiguÃ¯tÃ© au regard d'une Ã©pouse qui, depuis trois mois, soupÃ§onne quelque chose sans savoir quoi.</p>
      <p>Ã€ quatorze heures sept, la femme d'Adrien dÃ©pose une demande de divorce.</p>
      <p>Ã€ quatorze heures dix-neuf, Adrien reÃ§oit un appel de son cabinet d'avocats personnel : on l'informe que le crÃ©dit-bail de l'appartement familial, garanti par sa rÃ©munÃ©ration chez Vance, vient d'Ãªtre rappelÃ©.</p>
      <p>Ã€ quinze heures, il n'a plus rien.</p>
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      <p class="no-indent">Sasha apprend tout cela par bribes, sur son Ã©cran, au quarante-septiÃ¨me Ã©tage. Personne ne lui envoie l'information directement. Tout transite par les canaux internes, par les rumeurs de couloir, par les notifications RH qu'elle n'aurait pas dÃ» recevoir mais que quelqu'un, au cinquantiÃ¨me Ã©tage, a soigneusement dÃ©posÃ©es dans sa boÃ®te sans signature.</p>
      <p>La leÃ§on est claire. Julian ne s'attaque pas Ã  Adrien. Adrien n'Ã©tait qu'un vÃ©hicule. Julian s'attaque Ã  <em>tout ce qui rend Adrien aimable</em>. Sa femme. Sa maison. Son nom. Sa carriÃ¨re. La photo de chien. En quatre-vingt-onze minutes, il a effacÃ© non pas un trader, mais une vie entiÃ¨re, Ã  la lettre.</p>
      <p>Sasha pose les mains sur sa table en marbre noir. Elle respire. Quatre temps. Six temps.</p>
      <p>Elle n'Ã©prouve pas de remords. Pas pour Adrien. Adrien Ã©tait un adulte qui avait remarquÃ© qu'elle portait, ce matin, deux boutons ouverts de plus que la veille. Il a pris le risque. Il a perdu.</p>
      <p>Elle Ã©prouve, en revanche, quelque chose de trÃ¨s prÃ©cis pour Julian. Et ce sentiment, qu'elle range immÃ©diatement Ã  quatre centimÃ¨tres du bord intÃ©rieur de sa cage thoracique, ressemble Ã  une admiration honteuse.</p>
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      <p class="no-indent">Ã€ dix-sept heures vingt-deux, son thermostat baisse de deux degrÃ©s.</p>
      <p>Pas dans l'open space. Dans son propre bureau vitrÃ©. Sasha le sent Ã  la nuque, d'abord, puis dans les doigts. La VMC, qui jusque-lÃ  calibrait sa tempÃ©rature Ã  un degrÃ© sous ce qu'elle aimait, descend d'un coup Ã  seize. Le tissu fin de son chemisier devient, en deux minutes, un mauvais isolant. La peau se hÃ©risse. Les bouts des seins, sous la soie crÃ¨me, durcissent contre le tissu sans qu'elle puisse l'Ã©viter.</p>
      <p>Elle s'aperÃ§oit, dans la vitre, que le reflet la trahit. Elle s'aperÃ§oit aussi, en levant les yeux, que la camÃ©ra de surveillance d'angle, fixÃ©e au plafond, vient de pivoter de trois degrÃ©s sur sa droite. Personne, au quarante-septiÃ¨me, ne supervise les camÃ©ras d'angle. Personne, sauf un homme, au cinquantiÃ¨me.</p>
      <p>Julian la regarde geler en direct. Et il a, en plus, calibrÃ© la camÃ©ra pour ne pas manquer le moment oÃ¹ son corps trahirait, malgrÃ© elle, qu'elle a froid.</p>
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      <p class="no-indent">Ã€ dix-sept heures quarante-quatre, elle prend l'ascenseur.</p>
      <p>Pas l'ascenseur principal : l'express privÃ© du cinquantiÃ¨me. Elle le prend sans badge. La cabine la reconnaÃ®t, comme toujours. Mais cette fois, Ã  mi-course, l'ascenseur ralentit. Il s'arrÃªte entre le quarante-neuviÃ¨me et le cinquantiÃ¨me. Les lumiÃ¨res internes baissent d'un cran.</p>
      <p>Sasha ne panique pas. Elle attend.</p>
      <p>Quarante secondes plus tard, l'ascenseur reprend. Pas pour monter. Pour descendre. Il l'emmÃ¨ne, sans qu'on lui demande son avis, jusqu'au sous-sol numÃ©ro deux. Niveau parking technique. Niveau dÃ©sert. Niveau, surtout, sans camÃ©ra.</p>
      <p>Les portes s'ouvrent sur un quai en bÃ©ton lisse, gris ardoise, faiblement Ã©clairÃ©. Au fond, Ã  vingt mÃ¨tres exactement, debout devant une console mÃ©canique sans usage apparent, Julian Vance attend.</p>
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      <p class="no-indent">Sasha sort de la cabine. La porte se referme derriÃ¨re elle. L'ascenseur remonte. Elle entend, au-dessus, le sas se rÃ©enclencher.</p>
      <p>Personne, au cinquante-deuxiÃ¨me Ã©tage, ne sait qu'elle est ici.</p>
      <p>Elle marche, lentement, sur le bÃ©ton lisse. Le mistral, depuis quelque part dans la ventilation industrielle, fait bouger les manches de son chemisier de soie crÃ¨me. Elle a froid. Elle ne le montre pas.</p>
      <p>Elle s'arrÃªte Ã  un mÃ¨tre de Julian. Elle ne dit rien. Elle attend.</p>
      <p>Il ne la regarde pas tout de suite. Il regarde, Ã  la place, le mur de bÃ©ton derriÃ¨re elle, comme s'il Ã©valuait, au millimÃ¨tre, la distance entre la nuque de Sasha et la paroi.</p>
      <p>â€” Tu m'as testÃ©, dit-il.</p>
      <p>â€” Oui.</p>
      <p>â€” Tu sais ce que j'ai fait.</p>
      <p>â€” Je sais. Sa femme. Son crÃ©dit. Sa carriÃ¨re. Le chien. J'ai vu.</p>
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      <p class="no-indent">â€” Tu trouves cela cruel.</p>
      <p>â€” Je trouve cela inutile.</p>
      <p>Il pose enfin les yeux sur elle. Le bleu de son regard, dans la lumiÃ¨re jaune sale du parking technique, est plus sombre qu'au cinquantiÃ¨me Ã©tage. Plus jeune, aussi. Une fatigue qui s'est, depuis hier soir, encore creusÃ©e d'un cran.</p>
      <p>â€” Inutile, rÃ©pÃ¨te-t-il. Pourquoi.</p>
      <p>â€” Parce que tu aurais pu te contenter de Lebret. Tu n'avais pas besoin de sa femme. Tu n'avais pas besoin du chien.</p>
      <p>â€” Il fallait que je le remplace, dit Julian. Pas seulement que je le neutralise.</p>
      <p>â€” Remplace.</p>
      <p>â€” Dans ta vie, Sasha. Quand un homme se permet d'attirer ton regard Ã  la cafÃ©tÃ©ria, il faut qu'Ã  la fin de l'aprÃ¨s-midi, il n'existe plus assez pour que tu puisses, ce soir, te souvenir de la couleur de sa chemise.</p>
      <p>â€” Bleu pÃ©trole.</p>
      <p>â€” Tu mens.</p>
      <p>â€” Non. Je m'en souviens parce que je l'ai choisi pour Ã§a. Tu sais que je l'ai choisi pour Ã§a.</p>
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      <p class="no-indent">Il fait un pas.</p>
      <p>Sasha ne recule pas. Elle reste lÃ , immobile, sur le bÃ©ton lisse. Elle s'aperÃ§oit, en parallÃ¨le, que sa propre respiration vient de gagner deux crans de vitesse, et qu'elle n'a, en cet instant, aucune envie de la corriger.</p>
      <p>Il fait un deuxiÃ¨me pas.</p>
      <p>Et un troisiÃ¨me.</p>
      <p>Il pose les deux mains, Ã  plat, sur la paroi de bÃ©ton derriÃ¨re sa tÃªte. Sa propre poitrine, sous la veste de costume, est Ã  six centimÃ¨tres de son visage Ã  elle. Elle sent l'odeur de papier neuf, de cÃ¨dre coupÃ©, et de cette chose qu'elle ne saurait pas nommer, qu'elle commence Ã  reconnaÃ®tre comme un avertissement.</p>
      <p>â€” Ne me refais jamais Ã§a, dit-il trÃ¨s bas.</p>
      <p>â€” Sinon ?</p>
      <p>â€” Sinon je ne te laisserai plus rentrer chez toi. Tu dormiras ici. Sous le marbre noir. LÃ  oÃ¹ personne, dans cette tour, ne sait que tu existes.</p>
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      <p class="no-indent">Il lÃ¨ve la main droite.</p>
      <p>Cette fois, il ne se contente pas de poser deux doigts contre la carotide. Il pose la paume entiÃ¨re, ouverte, Ã  plat, sur le devant de sa gorge. La main, contre la peau, est plus large qu'elle ne l'aurait imaginÃ©. Le pouce vient se ranger sous l'angle gauche de la mÃ¢choire. Les autres doigts s'Ã©talent en Ã©ventail jusqu'Ã  l'angle droit. La paume, au centre, s'enfonce de quelques millimÃ¨tres dans la chair tendre du cou, juste au-dessus de la clavicule.</p>
      <p>Il n'appuie pas. Il <em>tient</em>.</p>
      <p>Sasha sent, immÃ©diatement, sa propre respiration se rationner. L'air ne passe plus de la mÃªme maniÃ¨re. Il faut, pour respirer, le voler Ã  travers la pulpe de cinq doigts qui ont dÃ©cidÃ© du rythme. Quatre temps d'inspiration. Six d'expiration. Si elle tente d'aller plus vite, la pression contre sa trachÃ©e le lui rappelle. Si elle ralentit, la paume se desserre d'un demi-millimÃ¨tre, en rÃ©compense.</p>
      <p>C'est, Ã  la lettre, le premier breathplay physique du livre. Et le plus terrifiant : ce n'est pas elle qui dÃ©cide quand il s'arrÃªte.</p>
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      <p class="no-indent">â€” Regarde-moi, dit-il.</p>
      <p>Elle lÃ¨ve les yeux. Le visage de Julian est, Ã  prÃ©sent, Ã  dix centimÃ¨tres du sien. Son propre souffle, contre les lÃ¨vres, est Ã  la mÃªme tempÃ©rature. Les pupilles sont dilatÃ©es, mais d'une dilatation qui n'a rien Ã  voir avec la nuit ou la lumiÃ¨re. Une dilatation que Sasha a vue, Ã  dix-sept ans, dans le regard d'un autre homme, dans une autre piÃ¨ce, et qu'elle n'a jamais oubliÃ©e.</p>
      <p>Sauf que ce soir, elle ne lutte pas contre la dilatation. Elle la cherche. Elle veut, contre toute morale, qu'elle s'aggrave.</p>
      <p>â€” Renata ne te tiendra pas comme cela, dit-il trÃ¨s bas. Elle te lÃ¢chera. Tu seras libre, tu seras en sÃ©curitÃ©, et tu seras seule. Tu vas confondre, pendant quelques semaines, sa douceur avec l'amour. Et puis tu te rappelleras de cette paume. Et tu reviendras.</p>
      <p>â€” Tu ne sais pas, dit Sasha.</p>
      <p>â€” Si. Je sais. Tu reviens toujours. C'est l'un des seuls postulats que j'ai vÃ©rifiÃ© sur toi.</p>
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      <p class="no-indent">Il appuie, infimement, sur la trachÃ©e.</p>
      <p>Pas pour Ã©touffer. Pour mesurer.</p>
      <p>Sasha ferme les yeux. Elle ne tente pas, cette fois, de stabiliser sa respiration. Elle laisse la paume la gÃ©rer. Elle laisse le pouce, sous la mÃ¢choire, sentir le pouls qui, sous la peau, vient de basculer dans une zone Ã  laquelle elle n'a, depuis ses dix-sept ans, plus donnÃ© de nom.</p>
      <p>Elle dit, contre sa propre volontÃ©, Ã  voix trÃ¨s basse, et c'est la phrase qu'elle s'Ã©tait jurÃ©e de ne jamais prononcer dans cette piÃ¨ce, dans cette tour, dans cette ville :</p>
      <p>â€” Recommence.</p>
      <p>Julian ne rÃ©pond pas. Il appuie une seconde fois. TrÃ¨s briÃ¨vement. Quatre secondes. Quatre. Trois. Deux. Un.</p>
      <p>Puis il retire la main d'un coup, comme on retire un patch chauffant, et la peau du cou se met immÃ©diatement Ã  brÃ»ler Ã  l'endroit oÃ¹ la paume Ã©tait.</p>
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      <p class="no-indent">Il s'Ã©carte d'un pas. Deux. Trois.</p>
      <p>Il se passe la main droite dans les cheveux, geste qu'elle ne lui a jamais vu faire. Ses propres pupilles, dans la lumiÃ¨re jaune sale, sont si dilatÃ©es qu'on ne distingue plus le bleu.</p>
      <p>â€” Ne le redis jamais Ã  voix haute, dit-il.</p>
      <p>â€” Quoi.</p>
      <p>â€” Â« Recommence. Â» Pas avant que je dÃ©cide qu'on peut.</p>
      <p>Il appelle l'ascenseur, sans la regarder. La cabine arrive en trente secondes. Il l'invite Ã  entrer. Il n'y entre pas avec elle.</p>
      <p>â€” Cinquante-deuxiÃ¨me Ã©tage, dit-il. Tu rentres seule.</p>
      <p>La porte se referme. L'ascenseur remonte. Sasha pose la main, Ã  plat, sur la base de sa gorge, et y reste pendant les cinquante-deux Ã©tages. La peau, sous sa propre paume, est en train, lentement, de redevenir tiÃ¨de.</p>
      <p>Quand la cabine s'ouvre au cinquante-deuxiÃ¨me, elle marche jusqu'Ã  son appartement, et constate, en posant le pouce sur le scanner, que la porte n'est plus entrouverte.</p>
      <p>Julian Vance ne reviendra pas, ce soir. Et probablement pas demain non plus.</p>
      <p class="signoff">â€” Fin du Chapitre IX â€”</p>
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